À propos de la Saint Barthélemy et des Mémoires de Marguerite de Valois : authenticité du texte et réception au XVII e siècle

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ÀproposdelaSaint BarthélemyetdesMémoiresdeMargueritede Valois:authenticitédutexteetréceptionauXVII e siècle (parudanslarevued HistoireLittérairedelaFrance,sept. oct.1996) Unbruitserépanddepuisquelquesannées:lesMémoiresdeMargueritedeValois
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ÀproposdelaSaint BarthélemyetdesMémoiresdeMargueritede Valois:authenticitédutexteetréceptionauXVII e siècle (parudanslarevued HistoireLittérairedelaFrance,sept. oct.1996) Unbruitserépanddepuisquelquesannées:lesMémoiresdeMargueritedeValois seraient un faux. L idée a été lancée en 1989 par Jean Louis Bourgeon, dans un article intitulé «Pour une histoire, enfin, de la Saint Barthélemy». Analysant les sources traditionnellementretenuescommepiècesàconvictiondansunprocèsinstruitdetout temps de manière partisane, l historien se penchait sur ce texte qui en constitue un élément capital. Traitant Marguerite d «auteur mythique», et les Mémoires de «texte raccoleur», il suggérait qu ils pouvaient être apocryphes: «A l heure actuelle, sans pouvoir être formel(il y faudrait toute une étude, non seulement sur le contenu, mais aussi sur le vocabulaire de Marguerite de Valois [ ]), nous nous interrogeons pour savoirs ilnes agiraitpastoutsimplementd unfaux.» 1 Trois ans plus tard,les interrogations étaientdevenues certitudes. Dans la revue L Histoire, toujours à propos dumassacre, Bourgeon écrivait:«cette présentation des faits et leur interprétation s appuient sur des témoignages faux ou suspects.[ ] Faux, notamment,lesmémoiresdumaréchaldetavannes[ ].Totalementinventé,leDiscours duroihenryiii[ ].Maisonnesauraitenresterlà:égalementapocryphes,lescélèbres Mémoires de Marguerite de Valois 2» La recherche portant sur le contenu et le vocabulairedel œuvredelareine avait elleeulieu?rien,dansl article,nel indiquait. Quant au livre que l historien faisait paraître la même année, il réitérait sans plus d explications lemême verdict: les trois textes précités«sont tous apocryphes, datant des années 1620». Et l auteur de commenteravec un ton péremptoire:«on est effaré de la légèreté avec laquelle, depuis plus de 150 ans, des historiens chevronnés ont pu prendrecommesourcesvalablesd aussitardivesetdouteusescompilations 3.» Onpouvaitenretour,etàbondroit,être«effaré»devantdetelles«révélations». Lecaractèreapocryphedesdeuxpremiersdocumentsestconnudepuisfortlongtemps: les Mémoires de Tavannes, écrits par son fils, n ont jamais été tenus pour un texte du maréchal,etlediscoursduroihenryiii pseudoconfessionduroi,unsoirdevagueà l âme,àcracovie aétéidentifiécommeunfauxàlafinduxix e siècle 4.Enrevanche, l authenticité des Mémoires de Marguerite n a jamais fait l objet du moindre doute en troiscentcinquanteans.l amalgameentrecestroistextesconstituaitdoncunprocédé malhonnête, et l absence de recherches alléguées pour soutenir une telle opinion un indice supplémentaire de son manque de sérieux. Or, selon le vieil adage«calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose», il semble aujourd hui que les assertions de Bourgeon commencent à trouver un écho chez ses confrères. Ainsi Marc 1.J. L.Bourgeon,«Pourunehistoire,enfin,delaSaint Barthélemy»,Revuehistorique282(1989),p.105, J. L.Bourgeon,«QuiestresponsabledelaSaint Barthélemy?»,L Histoiren 154,avril1992,p J. L.Bourgeon,L AssassinatdeColigny,Genève,Droz,1992,p Voir, en ce qui concerne les Mémoires de Gaspard de Saulx Tavannes, l introduction qu en donne l édition Michaud Poujoulat (1836). Pour le faux mémoire de Henri III, voir Henri Bordier, La Saint Barthélemyetlacritiquemoderne,Genève,H.Georg/Paris,FischbacheretChampion,1879,p Vénard, qui en 1992 se gausse de l historien et réfute pratiquement toutes ses thèses, s avoue t il «pleinement d accord avec J. L. Bourgeon» sur un point: la nécessité d écarter les Mémoires de Marguerite et de Tavannes des documents à prendre en considération. «Ils ne méritent, écrit il, aucun crédit: tardifs, ils ont été évidemment reconstruits selon les passions et les intérêts de leur auteur; ils ne peuvent servir qu aux auteurs dramatiques et aux biographes à succès». On ne voit pas pourquoi les Mémoires, quand ils sont authentiques, seraient apriori écartés des pièces permettant desefaireunjugementsurunévénementhistorique;aucuntexte,qu ilsoit«tardif»ou non,n estexemptdes«passions»etdes«intérêts»desonauteur touteslessources doivent être décryptées en fonction de ce paramètre 5. Ainsi encore, dans son récent ouvrage sur la Saint Barthélemy, Denis Crouzet affirme t il qu «il faudrait même regarder [les Mémoires de Marguerite] comme apocryphes»; en vertu de quoi l historien les ignore de la même façon que, cette fois ci, le faux discours d Henri III, alors qu il s appuie abondamment sur Tavannes, et même sur Nevers dont les MémoiresontétérédigésparGomberville(auteurderomansàsuccès )àlafinduxvii e siècle! 6 QuantàJean FrançoisDubost,quisignedanslarevueL Histoiredemai1994un article consacré à «la légende noire de la reine Margot», il retrace les principaux épisodes de la vie de la reine sans dire un mot de ses Mémoires, ni d ailleurs d aucun autredesesécrits,commesiellen avaitjamaisprislaplume Le propre d une rumeur étant de se répandre en l absence de tout fondement, et d autant plus vite qu elle avance sur un terrain fantasmatiquement chargé, il paraît nécessaire de faire un sort à celle ci avant qu elle n ait convaincu l ensemble de la communautéscientifiqueparsimplecontagion,etqu unevilainepierredeplusn aitété lancéedansunjardindéjàtropencombré.l attaquedebourgeonetlesvariationsdeses confrères s inscrivent en effet dans l histoire fort longue du mythe de la reine Margot, unehistoirequiaprouvé,centfoisdéjà,qu onpouvaittoutdireetentoutetranquillité surcepersonnagetombédansl ornièredelapetitehistoire etquifaitrégulièrement déraperleshistoriens,chevronnésounon.l analysedespiècesdudossierestcependant de la première importance. Historiquement, parce que les Mémoires de Marguerite constituent l une des sources majeures que nous possédions sur cet épisode capital de notrehistoirequ estlasaint Barthélemy.Etlittérairement,parcequeladernièrereine denavarreestl unedesgrandesprosatricesduxvi e siècle etqu ilseraittempsqu on étudiel ensembledesonœuvreaveclesérieuxqu ellemérite. Les Mémoires de Marguerite et les analyses récentes sur le massacre de la Saint-Barthélemy L aspect extraordinairement précieux du témoignage de Margueritede Valois sur les tueries d août 1572 a été de tout temps reconnu par les historiens. La reine est en effet,aveclesecrétaireducomtedelarochefoucauld,mergey,leseultémoinoculaireà 5.MarcVénard,«Arrêtezlemassacre»,Revued histoiremoderneetcontemporaineoct. déc.1992,p.647. Viendrait ilàquiconquel idéed écarterlesmémoiresdugénéraldegaulledesdocumentspermettantde comprendrelasecondeguerre mondiale,sousprétexte qu ilssont«tardifs»?le glissement, icicomme ailleurs,estàmettreaucomptedumythedelareinemargot,commeentémoigneladernièrephrasedela citation. 6.DenisCrouzet,LaNuitdelaSaint Barthélemy:unrêveperdudelaRenaissance,Paris,Fayard,1994,p. 110.Rappelonsqu auseindesmémoiresdemonsieurleducdenevers,publiésen1665,seullejournaltenu pendantlesetatsgénérauxdebloisde estdelaplumeduditduc;Crouzetnedonned ailleurs passaréférence(p ).Enfin,leseulextraitqu ilreproduitdesmémoiresdemarguerite(p.357)est unrécitàlatroisièmepersonnequin estpasdelaplumedelareine. 2 avoirlaisséunedescriptiondelanuitdumassacrevécuedel intérieurdulouvre,etsa relation est autrement plus étoffée, autrement plus complète que celle de Mergey. Elle estd autrepartleseulmembredelafamilleroyaleàenavoirfaitunrécitpersonnel,un récithorssituation,nonofficiel,rédigéplusdevingtansaprèsledrame,etdestinéàla seule postérité (la Couronne, elle, s expliqua plusieurs fois dans les jours et les mois suivants de manière d ailleurs contradictoire et Henri IV n en dit jamais rien). Enfin, Marguerite était peut être la seule personne dans le Louvre à occuper une position totalement extérieure aux deux camps en présence, puisque, comme elle l expliqueelle même,mariéedepuisquelquesjoursseulement,elleétaitl objetdetoutes lesméfiances:«leshuguenotsmetenoientsuspecteparcequej estoiscatholiqueetles catholiques parce que j avois espousé le roy de Navarre, qui estoit huguenot 7». Ces éléments n impliquent évidemment pas que son témoignage doive être considéré commeindiscutableouexemptdesilences,maisilslerendentcertainementtoutà fait digned êtreanalyséavecsoin. QueditMarguerite?Disonstoutdesuitequesanarration icicommeailleurs estrapideetrelativementimprécise.lamémorialistenedonnepaslesdates,sautedes jours,etrevientenpartieenarrière.avraidireellefaittrois«récits»dudrame:tout d abord un résumé de quelques lignes, puis un développement de quelques pages qui explicite le résumé sans le reprendre exactement, et enfin une relation strictement personnelle,vécue,delanuitdumassacreetdespremièresheuresdulendemain.c est dans les deux premiers récits, qui seuls comportent des explications sur la genèse des événements,quesetrouventlesélémentspermettantdereconstituersaversion 8.Ence quiconcernecequ onappellele«premieracte»dumassacre,autrementditlatentative d assassinat de Coligny, la mémorialiste décrit l affolement déclenché dans le camp protestant par la blessure infligée à leur chef par Maurevert et désigne clairement le coupable.leroicharles,dit elle,sedoutaitbienque«maurevertavoitfaitcecoupàla suscitationdemonsieurdeguise.[ ]etsimonsieurdeguisenesefusttenucachétout cejour là,leroyl eustfaitprendre»(p.28).ellemontreensuitecatherinedemédicis essayantvainementdecalmersonfilsenluiexpliquantqueleducavaitsansdouteses raisons(vendettafamiliale).maisrienn yfait:charlesveut«fairejustice». La responsabilité du«second acte», c est à dire la décision de faire exécuter les chefs du parti huguenot, revient à la Couronne dans le récit de Marguerite, qui décrit avecunerelativeprécisionl engrenagequiypréside.c estleducdeguiseetsonamile duc d Anjou (futur Henri III) les premiers qui, voyant que les huguenots voulaient se venger, ont eu l idée de les «devancer» «conseil de quoy le roy Charles ne fust nullement»(p. 26). Catherine, elle, semble convaincue: elle est gagnée par la panique queluiinspirentlesprotestants,etellecraint«quesil onneprevenoitleurdesseinla nuict mesme ils attenteroient contre le Roy et elle». Elle prend alors «resolution de faireouvertemententendreauditroycharleslaveritédetoutetledangeroùilestoit» (p.29).elleenvoiedoncauprèsdesonfilslemaréchalderetz,quiagrandeinfluence sur lui. Son discours (soigneusement reconstitué au style indirect par Marguerite, qui tientvisiblementàmontreràquelpointilfutdifficiledeconvaincresonfrère)estune avalanche d arguments massues destinés à emporter l adhésion du roi, le maréchal allant jusqu à dire «que le coup de l admiral n avoit point esté fait par monsieur de 7.MémoiresetlettresdeMargueritedeValois,Ed.Guessard,Paris,JulesRenouard,1842,p Le résumé va de «La fortune, qui ne laisse jamais» à «il ne l eust jamais fait.» (ibid., p ); le développementcontinuejusqu à«sonmaistremonsieurdeguise»(p.31);lerécitpersonnelvaensuite jusqu à«cequ enfinilsm accordèrent.»(p.35). 3 Guise seul, mais que mon frere le roy de Pologne, depuis roy de France[Anjou], et la Royne ma mere avoient esté de la partie» (p. 30). Accablé, Charles se rend. Il envoie «quérir monsieur de Guise et tous les autres princes et cappitaines catholiques, où il fustprisresolutiondefaire,lanuictmesme,lemassacredelasaintbarthelemy»(p.31). Ce que Marguerite ne rapporte pas, et qui joua vraisemblablement de manière décisivedansladécisiondelareinemère,c estque,lelendemaindel attentat,toutela famille royale sortit du Louvre pour rendre visite au blessé, et qu elle dut se rendre compte de l état quasi insurrectionnel où était la population parisienne une populationtrèscatholique,trèsopposéeàlapolitiqued ententereligieusepratiquéepar la Couronne depuis la paix de Saint Germain (été 1570), ulcérée par le tout récent mariage Marguerite Navarre, fanatisée de longue date par les prédicateurs, et toute dévouée aux Guise 9. C est là certainement, dans cette peur du soulèvement qu allait précipiter l entêtement de Charles à punir le duc, bien plus que dans les menaces verbales des protestants, que réside l explication de la panique de la Couronne. Non seulementilfallaitconvaincrelemonarquederenoncerà«fairejustice»,maisilfallait trouverrapidementlemoyendecalmerlejeu d oùl idéedesatisfaireauplusvitela capitaleenluisacrifiantlesdirigeantsdupartihuguenot. Carc estbiendecetteéliminationqu ils agit,etnon,commeleditmarguerite,du massacre proprement dit. Celui ci est en effet perpétré, quelques heures plus tard, par unepopulationquisecroitautoriséeàpoursuivresurtouslesprotestantslesexactions qu elle a vu commettre sur leurs chefs par les plus grands personnages du royaume. Cettetuerie,quel historiographieafiniparappelerle«troisièmeacte»dudrame,dure plusieursjoursdansparisavantdegagnerdenombreusesprovincesfrançaisesaucours des mois suivants. La reine, comme la plupart de ses contemporains, mêle les deux dernièresphases.parcequ ellesfurentsurlemomentdifficilementdissociables?parce quelamémorialisteneveutpasfaireœuvred historiennemaisdécrirecequ elleavécu (ce qu elle s empresse de faire après cette brève relation, entamant son «troisième récit»)? Parce que seul le sort du groupe dirigeant l intéressait? Tout cela est vraisemblable. Mais en concluant cet épisode, Marguerite établit définitivement l innocence de Catherine dans le déclenchement des hostilités(ce que les historiens n ontpratiquementjamaisremarqué,s appuyantsurledébutdesonrécit,quimontrela reinemèretoutdesuited accordaveclapropositionguise Anjou):«Cinqousixjours apres,ceuxquiavoientcommencécettepartie[ ]ourdissentuneautretrame.ilsvont persuader à la Royne ma mère qu il me falloit desmarier»(p. 36);«ceux» là sont en effetfurieuxquenavarreetcondésoientpassésàtraverslesmaillesdufilet. La version de la reine est donc claire, pour peu qu on la lise correctement: les Guisesontàl originedel attentatcontrecoligny;catherineapris dansl affolement, maissousl influencedeguiseetd Anjou ladécisiondedécapiterlepartihuguenot; Retz a eu la tâche difficile de convaincre Charles; Charles a donné ordre à la tuerie (limitée). Cettelecturedesévénementss opposeàlaplusgrandepartiedel historiographie de la Saint Barthélemy, qui retientla culpabilité(parfois entière, parfois partagée avec les Guise) de Catherine dans les deux premiers actes du drame, et qui a souvent cru trouverdansletémoignagedemarguerite tropvitelu confirmationdecettethèse. C estparcontre,avecdesélémentsmanquants,lescénarioqueretientl étuderécentela plus documentée et la plus fiable, celle de Nicola Mary Sutherland. L historienne 9.Voir notamment Nicola Mary Sutherland (The massacre of St Bartolomew and the European Conflict, ,Londres,MacMillan,1973)etJ. L.Bourgeon(travauxcités). 4 anglaise montre en effet que ni Charles ni Catherine n avaient de motifs pour faire disparaîtrecoligny,leuralliédepuisdeuxans,maisqueparcontrelesguise,etpourdes raisonspersonnelles,etpourdesraisonspolitiques,avaienttoutàgagneràsamort.ses travauxéclairentégalementle sensdel ententeguise Anjouqu attestelareine, etleur intérêt commun à pousser du côté d un renversement des alliances instaurées par la paixdesaint Germain:leclanlorrainparcequ ilétaitplusoumoinsendisgrâcedepuis cette époque, et Anjou parce que, allié des Guise, la nouvelle politique l avait mis lui aussi sur la touche. Cela n exclut pas, dit l historienne, d autres coupables: des commanditairespluslointainscommephilippeiiouleducd Albe,lepremierparceque l intervention française en Flandres, projetée pour les semaines suivant les noces de Marguerite et de Navarre, avait pour but d y entamer son hégémonie, le second parce qu ilétaitlechefdestroupesespagnolesenflandres.lesguise,dontonsaitaujourd hui qu ilsn ontpasattendulesannées1580pourêtre«subventionnés»parl Espagne,ont donc pu exécuter (avec le soutien d Anjou?) en en retirant des bénéfices personnels undesseincommanditéenplushautlieu. SiMargueriteneparlepasdecesramificationsétrangères,c estpeut êtrequ iln y eneutpas;maisc estplussûrementparceque,guiseétantmortquandellerédigeses Mémoires,ilvautmieuxtoutluimettresurledosetnepasdénoncerl Espagnol dont elle a elle même, dans les heures sombres de la Ligue, sollicité l aide bienveillante «Ceuxquiavaientcommencécettepartie»seraitalorsuneprudenteformuledestinéeà masquerlenomdecesautresresponsables,toutensignifiantqueguisen étaitpasseul encause.silareineneparlepasnonplusdelavisiteauchevetdecolignyetdel étatde surexcitationdelacapitalecommevéritablemotifdeladécisionpriseparlacouronne, c estpeut êtrepournepascontredirelaversionofficielledonnéequelquesjoursaprès le massacre, à savoir que la royauté en revendiquait la responsabilité 10 ; mais n est ce pasplutôt,chezcettecatholiqueconvaincuequiavusonpaysdéchiréparvingt cinqans de guerres civiles et religieuses, et qui, au moment où elle écrit, travaille activement à l implantation de la Contre Réforme, pour faire peser sur les protestants la responsabilitédeladécisiondelacouronne?lamanièredontellerevient,etdansson «résumé», et dans son «développement», sur leurs menaces de vengeance, fait pencher pour cette hypothèse. Reste que si le récit de Marguerite est à l évidence lacunaire, voire pèche par omission, il n est en rien démenti par les conclusions de Sutherland. En revanche, il s oppose partiellement aux thèses de Bourgeon puisque, selonl historien,lacouronnen estresponsabled aucundestrois«actes»dumassacre. Ce pourrait être une raison d accuser la reine de mensonge, mais c est une tout autre affairequedenierl authenticitédesesmémoires.voyonsdonclesargumentsavancésen faveur d une telle «thèse» des arguments qui pour l essentiel ont été développés dans l article de 1989, et qui peuvent être regroupés sous deux rubriques: la contestation de Marguerite comme auteur de l œuvre, et les hypothèses quant à la productiondecelle cicommetextedesannées1620. Marguerite, auteur impossible de ses Mémoires? Le premier argument que donne Bourgeon constitue une sorte d attaque invalidante destinée à peser de tout son poids sur la suite de la démonstration: Marguerite serait un «auteur mythique, à qui l on a beaucoup trop prêté» et dont 10.D unepartpournepasavoiràavouerqu elleavaitétédébordéeparlapopulace,etd autrepartpour donnerdupoidsàsesordresdefairecesserlestueries. 5 l œuvre se résume à«quelques lettres»(1989, p. 105). Cette affirmation lapidaire est toutsimplementerronée.unseulouvrage,eneffet,laruellemalassortie,aétéattribué àtortàlareine,etceasseztardivement,sousl influencedumythedelareinemargot 11. Pour le reste, on est en présence d un ensemble écrit relativement important, qui comprend,outrelesmémoires,unplaidoyer(mémoirejustificatifpourhenridebourbon, 1574), un manifeste féministe (Discours docte et subtil dicté promptement par la reine Marguerite, 1614), des poésies (dont une partie seulement a jusqu ici pu être retrouvée),etplusdequatrecentcinquantelettres 12.Cetensemble,quiapatiemment étémisaujourparleséruditsàtraverslessiècles,etquicomporteencoredesinédits, présentedescaractéristiquescommunesencequiconcernelesthèmes,levocabulaire, le style, les images et même les«obsessions» de la reine, caractéristiques communes surlesquellesnousreviendronsplusloin.contentons nouspourl instantd énoncercet élémentairesouciderigueur:avantderayerunnomsurlalistedesauteurs,ilfaudrait démontrer,oucommenceràdémontrer,quetouslestextesquipassentpoursiensnele sontpas. Autre argument tendant, selon Bourgeon, à établir l impossibilité que Marguerite aitécritcetteœuvre:«nousavonsd ailleursquelquemalàimaginer,àladatede (époque admise de la composition de ses Mémoires), une reine de France s exhibantainsiparlaplume mêmes ils agitd untexteconçupourrestermanuscrit etn avoirqu unediffusionconfidentielle.quandonestreineentitre,ilestbienvulgaire de vouloir confier ses souvenirs personnels à un quelconque Brantôme: ni les mentalités,nilesconvenancesdutempsn admettentdetellesfamiliarités.etmarguerite était trop prudente, dans ses relations post conjugales avec Henri IV, pour se lancer dansuneentrepriseaussidélicate,sinondéplacée.»(1989,p.105 6)Cesremarquesne sont pas toutes dépourvues de bon sens pour autant que le tournant du siècle soit retenu pour la date de composition du texte. Or Marguerite commença vraisemblablement de rédiger ses
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