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Il entend ainsi défendre les valeurs que le droit place au cœur des lois ; mais, contestant l'ordre établi, il ne conçoit évidemment pas les frontières entre normalité et déviance de la même manière que les lois civilisées. Dire que la société utopiste rêvée par Fourier fait une large place à ceux que la civilisation considère comme des marginaux, semble une évidence aujourd'hui tant la redécouverte de l'œuvre de Fourier par André Breton et les surréalistes d'abord, puis par les mouvements contestataires des années a entériné cette image d'un Fourier dégagé de tous les préjugés. De façon très significative, Pascal Bruckner résume ce qui est devenu un lieu commun : «L'Harmonie est l'utopie des marginalités [et] ne connaît plus aucun marginal» [3]. Cette lecture a le mérite de souligner un des aspects essentiels de la pensée de Charles Fourier : son refus de l'ordre civilisé et la manière subversive dont il perçoit les conduites condamnées par la société de son temps. Renversant, Fourier l'est en effet. Il l'affirme à maintes reprises : il est le Christophe Colomb du monde social, il a choisit la route de «l'écart absolu» [4]. Mais Fourier se décrit également comme un médecin, qui opère de la cataracte des civilisés jusque-là aveugles, et leur révèle toute la vérité sur un monde vicié et en proie au malheur. Ceux que la civilisation rejette dans ses marges, tous ceux qui se trouvent hors des normes fixées par le droit, sont donc aux yeux de Fourier dignes de la plus grande attention car ils disent quelque chose de l'ordre civilisé. Nous voudrions maintenant montrer comment son approche de la déviance ne se résume pas à une simple négation de la marge. Il nous semble, en effet, que Fourier en propose toujours une analyse dans laquelle se rencontrent à chaque fois la route de l'écart absolu et la médecine. 'e9,$1&( (7 '52,7 &+(0,1 /$ 0e7$3+25(63$7,$/( Dans son premier ouvrage important, Théorie des quatre mouvements, publié en 1808, Fourier dénonce les nombreux indices d'égarement de la raison [ ] l'indigence, la privation de travail, les succès de la fourberie, les pirateries maritimes, le monopole commercial, l'enlèvement des esclaves, enfin tant d'autres infortunes dont [il] passe l'énumération [5] Fourier s'élève contre le malheur et la souffrance créés par un système inique. Bien qu'il critique toujours très vivement la Révolution française pour le retentissant échec qu'elle lui semble avoir été, ce qu'il constate, c'est le non-respect d'un certain nombre de droits qui sont, en fait, ceux défendus par beaucoup pendant cette même Révolution : droit au travail, à une vie digne, nécessité de maintenir le système économique à l'intérieur de certaines règles. Sont dénoncées pêle-mêle à la fois l'injustice (la privation de travail) et ses conséquences (indigence, piraterie) considérées comme autant de signes «d'égarement de la raison». Nous reviendrons sur cet amalgame, mais arrêtons-nous pour le moment sur la métaphore spatiale qui donne tout son sens au terme de déviance. La mention d'un égarement l'indique : la civilisation se trompe de chemin : de nombreuses variations sur le même thème courent dans toute l'œuvre de Fourier qui, toujours dans Théorie des quatre mouvements, écrit : «J'en ai dit assez pour prouver que les civilisés envisagent toutes choses à contresens» [6]. Comme nous l'avons signalé, les comportements déviants sont ceux qui s'éloignent du droit chemin, c'est-à-dire ceux qui s'opposent au droit tout court, aux lois qu'une société se donne. Dénonçant les mensonges qui régissent la vie de ses contemporains, Fourier renverse l'opposition et désigne la société civilisée comme déviante. L'insatisfaction qu'il voit partout l'amène à cette conclusion : «le monde industriel est organisé en ordre faux, à contre-sens de la nature» [7]. Fourier accuse à la fois la mauvaise répartition des richesses et la fausseté morale. Dire en effet, que «l'état civilisé où règnent le mensonge et l'industrie répugnante sera surnommé monde à rebours» en opposition à «l'état sociétaire, monde à droit sens» [8], c'est bien identifier le mauvais sens avec la misère, la malhonnêteté (envers les autres et envers soi-même) et toutes les conduites criminelles qu'elles engendrent. Or, pour un ordre faux, il y en a forcément un autre qui, lui, est vrai et joue le rôle de norme. Cette norme, Fourier l'appelle nature. A l'opposé de la raison donc, en sens inverse de l'ordre naturel, également : Fourier fait appel à des notions fortes dans la tradition philosophique. De cette manière, il indique qu'il y a un ordre per se des choses humaines, de l'univers en général. Si cet ordre n'est pas respecté en Civilisation, la question demeure de savoir quelle est la nature du désordre civilisé. Celle-ci apparaît lorsque Fourier condamne la Civilisation comme «un ordre social où l'éducation ne tend qu'à étouffer l'attraction, travestir la nature et les caractères» [9]. L'attraction est en effet le secret de la nature que Fourier a réussi à percer, la loi qui la régit et que la Civilisation vient constamment contrer. Il a découvert que la nature est un mécanisme où la loi d'attraction opère comme une loi mathématique qui classe toutes ses créations en séries et en groupes. Tout ce qui existe, «animaux, végétaux, minéraux» [10], est animé de forces propres qui le poussent à s'associer avec les autres créations de la nature d'une manière toujours unique. Ce concept d'attraction est clairement emprunté à la physique moderne, car, découvreur du Nouveau monde industriel et sociétaire (c'est le titre de l'un de ses ouvrages), Fourier n'est pas seulement le Christophe Colomb du monde social, il veut aussi en être le Newton [11]. Pour les penseurs du XVIIIe siècle, Newton est celui qui a établi la loi du cosmos ; grâce à lui, l'univers entier est devenu compréhensible pour la logique humaine. Profondément imprégné de cette pensée des Lumières, qu'il fustige si souvent, Fourier s'identifie à l'un de ses plus grands héros. Il a même réussi à le dépasser puisqu'il n'a pas seulement découvert les lois qui régissent les relations des corps entre eux, mais aussi celles qui règlent les passions des hommes et des animaux. Pour Fourier, c'est là le plus important car avoir découvert les lois de la mécanique des passions ou «attraction passionnée» lui permet d'établir «la science du mouvement social» [12], qui explique la manière dont les hommes se lient entre eux. $5(%2856$&7,21(75e$&7,21 La loi de l'attraction indique que la nature ne suppose pas seulement un ordre, mais également un mouvement, et donc, suivant la mécanique newtonienne, une force à l'œuvre. Pour expliquer la déviance, vient ainsi s'ajouter à la métaphore spatiale - s'éloigner de la nature - une conception dynamique de cette même nature. Et il va apparaître que, de la même manière qu'elle s'oppose au sens commun, la civilisation exerce une force contraire à celle de la nature. Un des plus importants commentateurs de Fourier, René Schérer, a montré comment l'analyse des relations sociales en Civilisation est bâtie autour de la notion de système d'échanges échanges de marchandises, échanges amoureux [13]. Nous avons commencé cette étude en citant un passage de Théorie des quatre mouvements dans lequel Fourier dénonçait à la fois la misère qui règne dans le système capitaliste et les conduites criminelles que l'on rencontre dans le milieu du commerce. Contrairement à ce que certains veulent croire, Fourier ne défend pas un monde sans règles ; en mettant sur le même plan la souffrance des pauvres et la contrebande ou l'agiotage, il indique seulement qu'il s'agit toujours là des vices de la Civilisation. Il explique ainsi les méfaits de l'organisation sociale d'après les règles de la dynamique : le mécanisme du commerce est organisé à rebours du sens commun. [le négociant] dirige et entrave à son gré tous les ressorts de la circulation [14]. On voit bien ici le double sens de «à rebours» : un premier sens spatial, et un deuxième sens qui fait intervenir l'idée de forces en présence. En Civilisation, la circulation des biens est «entravée». Or, cela est vrai également des passions, puisqu'à propos des méfaits qu'il constate dans la classe des marchands, Fourier écrit :... on ne doit jamais blâmer les passions des individus, mais blâmer seulement la Civilisation qui, n'ouvrant aux passions que les routes du vice pour se satisfaire, force l'homme à pratiquer le vice pour arriver à la fortune, sans laquelle il n'est point de bonheur [15]. L'agiotage, la contrebande, la pratique de la contrefaçon, toutes ces conduites naissent de désirs contrariés. Plus loin dans le texte, Fourier indiquera que le «luxisme ou désir du luxe» [16] est une des principales passions humaines. Lorsque la hiérarchie sociale, l'organisation des échanges, une morale inadaptée ne permettent pas aux hommes d'assouvir ce désir, ils se tournent nécessairement vers le crime. Le «plus sublime ouvrage de Dieu» [17], est toujours bon, puisqu'une autre des maximes de Fourier est que «Dieu ne crée rien d'inutile», les passions forment un fond immuable. Elles demeurent constantes dans un monde chaotique, car «le vœu des passions [ ] est invariable en quel siècle et en quel lieu (sic)» [18]. Ce «vœu» des passions, c'est-à-dire ce vers quoi elles tendent est comparable dans le système de Fourier à une force. Les hommes sont donc pris dans un jeu de forces, celles qui les agitent et celles de la Civilisation, qui vont en sens contraire de leurs désirs. Car, Fourier l'affirme, en Civilisation, les «agents de CREATION NEGATIVE» ont toute liberté [19]. L'analyse de la déviance est donc double. D'une part les comportements déviants sont la conséquence de la Civilisation et d'autre part la Civilisation elle-même est déviante, puisqu'elle s'oppose à la nature. Ainsi, Fourier affirme, dès 1808 : «ce qui est vicieux, c'est la Civilisation» [20]. Or, si la société contrarie les passions naturelles des hommes, elle le fait au nom de la morale, qualifiée de «science répressive» [21], et poussée par les «philosophes», auteurs de théories «qui ne sont pas compatibles avec l'expérience» [22]. Fourier nomme «monde à rebours» cet «état civilisé où règnent le mensonge et l'industrie répugnante» [23]. Il se maintient à l'intérieur de son schéma dynamique pour critiquer la morale, et montre comment une société qui suit un ordre lui-même contre nature impose son désordre à ses membres : [La morale] jugeant que nos passions SONT NOS ENNEMIS, [ ] nous condamne à une lutte perpétuelle contre ces ennemis, lutte qui nous constitue en état de guerre avec Dieu, avec la nature, avec nous-mêmes [24]. Un nouveau schéma, à connotation plus guerrière, prolonge les analyses dynamiques que nous avons vues plus haut. Avec l'idée que chacun, en civilisation, est condamné à une «lutte perpétuelle» contre soimême, Fourier peut pousser plus avant son explication du désarroi émotionnel qui saisit ses contemporains, de ces «inquiétudes [ ] ces vides affreux» [25] dont il est partout le témoin. )285,(50e'(&,19,7$/,67( Le sentiment de souffrance, l'inquiétude perpétuelle dont il est ici question renvoient à un ensemble de phénomènes que, depuis l'antiquité, la médecine rassemble sous le nom de symptômes. L'ensemble des textes du Corpus hippocratique indique bien que toute maladie se signale par le mal-être du patient. Or, Fourier utilise constamment le vocabulaire médical pour dénoncer une «civilisation gangrenée» pour laquelle il ne semble y avoir «ni cure ni palliatif» [26]. Il se décrit volontiers comme le médecin qui a su enfin, identifier le mal qui ronge à la fois la société civilisée et les êtres civilisés eux-mêmes et présente ainsi la réception de son système : C'est bien dit; votre théorie est si extraordinaire, disent les sceptiques. Sans doute elle est éblouissante : mes lecteurs sont comparables à l'homme opéré de la cataracte : il ne peut pas soutenir l'éclat de la lumière; il se plaint du soleil [27]. L'image de la cataracte est intéressante à plusieurs titres. D'une part, elle permet d'identifier la maladie de la civilisation avec une affection particulière et réelle : pour Fourier, ses contemporains sont aveuglés par les mensonges civilisés («il y a croûte de ténèbres sur les esprits» [28]). D'autre part, en se présentant comme le seul à avoir su percer le voile d'illusions, Fourier prend malgré tout place parmi tous ces héros des Lumières qui ont levé le voile sur le secret de la nature [29], et en tout premier lieu, Newton. Enfin et surtout, l'opération de la cataracte occupe une place singulière dans l'imaginaire philosophique du dix-huitième siècle. Cette intervention alors rare et difficile devait permettre de répondre à nombre d'interrogations sur la genèse de la connaissance ; l'utilisation qu'en fait Diderot dans sa Lettre sur les Aveugles est tout à fait caractéristique des débats de l'époque. Cette image de la cataracte montre également avec force à quel point Fourier s'appuie sur la pensée du XVIIIe siècle pour conduire sa critique de la Civilisation et faire l'analyse de ses déviances. Et, nous allons le voir, la doctrine médicale qui lui sert de modèle, est celle qui s'impose à Montpellier vers 1750, le vitalisme [30]. Bordeu est un des théoriciens les plus célèbre de cette école qui est représentée à la fin du siècle et au début du dix-neuvième par des médecins comme Cabanis ou Bichat. Les vitalistes opèrent un retour militant aux œuvres d'hippocrate et insistent sur l'importance de l'apprentissage au lit du malade qu'ils considèrent comme un des apports essentiels de la médecine antique. Le médecin est avant tout, pour eux, un observateur, capable de distinguer les symptômes dans la foule des phénomènes que le malade lui présente, et suffisamment astucieux et expérimenté pour comprendre le lien entre ces signes et les circonstances qui environnent le malade, par exemple ses conditions de vie, son régime, etc. Faut-il alors s'étonner que Fourier, présentant sa découverte pour la première fois, annonce : J'ai suivi cette marche, décrivant d'abord les symptômes, caractères et phases de la contagion sociale ; industrie morcelée, relations mensongères etc [31]. Médecin, Fourier diagnostique le mal et il en donne l'étiologie. Pour cela il élabore ce concept entièrement original qui lui permet d'expliquer la souffrance et la mauvaise conduite de ceux qui ne peuvent suivre leurs passions : l'engorgement. La souffrance, l'insatisfaction, le malheur que Fourier constate partout autour de lui s'expliquent en effet ainsi : Beaucoup de civilisés sont condamnés à l'inquiétude perpétuelle, par la pression d'une dominante engorgée [32] La «dominante» dont il est ici question est la passion dominante d'un individu. Fourier distingue douze passions principales qui se combinent ensuite avec des passions dérivées de manière à former les 810 caractères qui composent l'humanité. Renvoyant à l'idée que des forces sont contrées dans leur premier élan et dévient alors vers un objet autre, le terme d'engorgement indique qu'il y a un ordre la passion et son but propre- et un équilibre celui qui naît du respect de cet ordre- qui ne sont pas respectés. Nous sommes là dans un schéma newtonien où les passions sont des forces qui s'exercent dans un sens alors que la Civilisation produit d'autres forces pour les contrer. La déviance alors est une réaction, suivant la troisième loi de Newton qui indique qu'«a toute action est toujours opposée une réaction égale». L'individu qui lutte contre lui-même n'est pas, en effet, le réceptacle passif de la force négative que la civilisation exercerait sur lui. Il est, au contraire, capable de produire une réaction pour répondre à cette pression. Ici encore, Fourier retrouve la logique de la médecine vitaliste. Le vitalisme, en effet, se caractérise par une attention particulière portée à la sensibilité qui lui permet d'affirmer l'autonomie du vivant. Ann Thomson [33] a admirablement montré comment les vitalistes ont tiré avantage du mécanisme de Newton pour affirmer que la matière qui possède une force peut la transformer. Cependant, d'une manière tout à fait remarquable, Fourier combine un point de vue vitaliste avec l'idée d'un obstacle, d'une entrave que l'on ne trouve que rarement chez les médecins vitalistes. Par là, il se rattacherait plutôt à la théorie circulatoire défendue par un Sydenham et que Mesmer avait si judicieusement interprétée à la lumière de la mécanique newtonienne pour établir sa propre doctrine. (1*25*(0(17(7'e9,$1&( La notion d'engorgement est centrale dans la pensée de Fourier et dans son analyse des conduites que la société civilisée rejette et condamne. La lecture attentive de son œuvre montre qu'il étudie le mal provoqué par une passion contrariée à partir de deux types d'exemples. D'une part les cas bien connus, où les personnes atteintes sont nommées, de l'autre la masse des enfants et le problème de leur éducation. Les hommes célèbres et la femme dont les comportements ont attiré l'attention de Fourier sont Néron, Tibère, Marat, Robespierre, le marquis de Sade et la princesse Strogonoff. Le goût pour la cruauté de Néron, Sade et Mme Strogonoff, qui prend à chaque fois des formes différentes «n'est que contre-effet d'engorgement de certaines passions». Robespierre, Néron, Tibère illustrent de manière exemplaire la soif de destruction des tyrans, qu'un excès d'énergie mal dirigée condamne à tuer et à piller. Dans Le Nouveau monde amoureux, suite de textes consacrés au lien amoureux en civilisation et à la description du bonheur érotique en Harmonie, Fourier consacre quelques lignes importantes à la princesse Strogonoff. Chez cette dame, c'est «une branche d'amour» qui est engorgée. Fourier rapporte que cette noble moscovite avait pour habitude de piquer avec des épingles une de ses esclaves, jeune et belle. Il interprète cette cruauté comme le contre-essor de l'amour que la princesse portait, sans le savoir à sa servante, et «cette fureur était d'autant plus grande que l'engorgement venait du préjugé qui, cachant à cette dame le véritable but de sa passion, ne lui laissait même pas d'essor idéal» (c'està-dire que même le recours à l'amitié passionnée était dans ce cas impossible) [34]. On voit ici comment la morale «entrave» une passion bien présente, mais que la personne «passionnée» n'est pas en mesure d'identifier. Ces personnages extraordinaires ne sont pas les seuls à souffrir de passions opprimées. Tout au plus peut-on dire qu'ils sont représentatifs d'une situation générale. En Civilisation, les ennuis commencent dès le berceau. C'est pourquoi Fourier s'est beaucoup intéressé aux problèmes de l'éducation, alors que la vue des enfants suscitait en lui plutôt le dégoût que l'attendrissement. Dans Le Nouveau monde industriel et sociétaire toute une section traite de l'«education harmonienne» et de longs passages sont consacrés à l'analyse des méfaits de l'éducation civilisée dans les différents volumes de la Théorie de l'unité universelle, de La Fausse industrie et dans Le Nouveau monde amoureux. Fourier a pleinement conscience que l'enfa
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