Article. «Chansons folkloriques, chefs-d œuvre d inconnus» Conrad Laforte. Études littéraires, vol. 7, n 1, 1974, p

Please download to get full document.

View again

of 24
299 views
PDF
All materials on our website are shared by users. If you have any questions about copyright issues, please report us to resolve them. We are always happy to assist you.
Document Description
Article «Chansons folkloriques, chefs-d œuvre d inconnus» Conrad Laforte Études littéraires, vol. 7, n 1, 1974, p Pour citer cet article, utiliser l'information suivante : URI:
Document Share
Documents Related
Document Transcript
Article «Chansons folkloriques, chefs-d œuvre d inconnus» Conrad Laforte Études littéraires, vol. 7, n 1, 1974, p Pour citer cet article, utiliser l'information suivante : URI: DOI: /500312ar Note : les règles d'écriture des références bibliographiques peuvent varier selon les différents domaines du savoir. Ce document est protégé par la loi sur le droit d'auteur. L'utilisation des services d'érudit (y compris la reproduction) est assujettie à sa politique d'utilisation que vous pouvez consulter à l'uri https://apropos.erudit.org/fr/usagers/politique-dutilisation/ Érudit est un consortium interuniversitaire sans but lucratif composé de l'université de Montréal, l'université Laval et l'université du Québec à Montréal. Il a pour mission la promotion et la valorisation de la recherche. Érudit offre des services d'édition numérique de documents scientifiques depuis Pour communiquer avec les responsables d'érudit : Document téléchargé le 11 February :43 159 CHANSONS FOLKLORIQUES, CHEFS-D'OEUVRE D'INCONNUS conrad laforte Il est de tradition chez les gens de lettres de considérer la chanson folklorique comme une cendrillon de la littérature. Mais les écrivains et les poètes ont eu à son sujet des opinions variées qui n'ont pas toujours été partagées par les commentateurs et les critiques littéraires. Le mystère qui entoure toute cette poésie orale a donné naissance à bien des théories entachées de préjugés et encourageant la facilité et l'ignorance. Les romanciers et les nouvellistes du XIX e siècle ont exalté les chansons de tradition orale en les utilisant comme éléments pittoresques. Les poètes symbolistes y ont puisé de nouvelles formes poétiques. Pourtant cette poésie orale a sa vie et sa beauté propres qui méritent d'être étudiées avec des critères appropriés si l'on veut bien la comprendre et l'admirer. En France, les premiers à s'intéresser d'une façon intensive à la chanson folklorique furent les écrivains du XIX e siècle. La propagande qu'en ont faite les romantiques, les enquêtes qu'ont poursuivies les réalistes, soutenus par le Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, ont éveillé une curiosité pour la chanson populaire qui n'a jamais vraiment été pleinement satisfaite 1. La source de bien des erreurs vient de ce que les romantiques et les membres officiels du Comité considéraient la chanson comme «née spontanément au sein des masses 2». 1 On peut lire à ce sujet Pierre Kohler, «le Problème de la poésie populaire» dans Mélanges d'histoire littéraire générale et comparée à Ferdinant Baldensperger, Paris, Champion, 1930, v. 2, pp. 1-18; et aussi Henri Tronchon, «Quelques notes sur le premier mouvement en France: voix française, voix étrangère» dans Mélanges..., idem, pp [Jean-Jacques Ampère], Instructions relatives aux poésies populaires de la France, [Paris, Imprimerie Impériale, 1853], p. 3; paru aussi dans Bulletin du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, v. 1, 1854, p. 219. ÉTUDES LITTÉRAIRES/AVRIL Cette croyance à la naissance spontanée, en solutionnant à priori la question d'origine, impliquait un certain nombre de préjugés, comme ceux de chansons du peuple, du peuple paysan, de chansons nationales, provinciales, ethniques et de chansons primitives et naïves. Le paysan a joué, pour un certain groupe de chansons, un rôle de conservateur en les perpétuant dans son milieu avec les coutumes, les mœurs et la tradition vivante. Toute notre admiration va à leur bon goût: grâce à eux, ces chansons ont traversé plusieurs siècles. Bien entendu, le paysan a pu composer certaines chansons, mais il les a surtout choisies, aimées et parfois transformées. Nous avons déjà démontré, à la suite de Julien Tiersot 3 et de Paul Bénichou 4, que les chansons étaient utilisées par les romantiques et les réalistes comme éléments de pittoresque et de couleur locale dans leur description du peuple et surtout du peuple paysan 5. Nous avons même vu qu'au Canada,, pour nos écrivains, elles avaient une couleur locale particulière dans la peinture des canotiers et des coureurs de bois qu'on appelait au XIX e siècle les voyageurs canadiens. Les écrivains du Canada comme ceux de France prétendaient qu'une chanson entendue dans une ethnie y était née et par conséquent était typique de ce groupe. Par exemple, Alphonse Daudet, en 1881, dans son roman de Numa Roumestran fait chanter à Hortense une version de Corbleur, Sambleur, Marion, qu'il croit originaire de Provence. Nount'as passa la natlnade Mourbleu, Martoun... C'était, sur un air grave comme du plain-chant une ancienne chanson populaire de Provence que Numa avait apprise à sa belle-sœur et qu'il s'amusait à lui entendre chanter avec son accent parisien qui glissant sur les 3 Julien Tiersot, la Chanson populaire et les écrivains romantiques... Paris, Pion et Nourrit [1931 3, viii p., musique. 4 Paul Bénichou, Nerval et la chanson folklorique. Paris, José Corti, 1970, 390 p., musique. 5 Conrad Laforte, la Chanson folklorique et les écrivains du XIX e siècle (en France et au Québec), Montréal, éd. Hurtubise HMH.1973, 154 p., ill. (portr.), musique. CHANSONS FOLKLORIQUES, CHEFS-D'OEUVRE D'INCONNUS 161 articulations méridionales, faisait penser à de l'italien prononcé par une Anglaise. Où as-tu passé ta matinée, morbleu, Marion? À la fontaine chercher de l'eau, mon Dieu, mon ami. Quel est celui qui te parlait, morbleu, Marion? C'est une de mes camarades, mon Dieu, mon ami. Les femmes ne portent pas les brayes, morbleu, Marion. C'était sa robe entortillée, mon Dieu, mon ami. Les femmes ne portent pas l'épée, morbleu, Marion. C'est sa quenouille qui pendait, mon Dieu, mon ami. Les femmes ne portent pas moustache, morbleu, Marion. C'étaient des mûres qu'elle mangeait, mon Dieu, mon ami. Le mois de mai ne porte pas de mûres, morbleu, Marion. C'était une branche de l'automne, mon Dieu, mon ami. Va m'en chercher une assiettée, morbleu, Marion. Les petits oiseaux les ont toutes mangées, mon Dieu, mon ami. Marion!... je te couperai la tête, morbleu, Marion... Et puis que ferez-vous du reste, mon Dieu, mon ami? Je le jetterai par la fenêtre, morbleu, Marion. Les chiens, les chats en feront fête... Elle s'interrompit pour lancer avec le geste et l'intonation de Numa, quand il se montait: «Ça, voyez-vous, mes Infants... c'est bo comme du Shakspearel... 6» Il est intéressant de constater l'admiration de Daudet pour ce dialogue théâtral chanté. En cela il s'accordait avec Anatole France qui déclarait: La chanson, comme le fabliau, s'amuse des ruses des femmes sans prendre au sort des maris un intérêt excessif. Le dialogue de Marion et de son jaloux est à cet égard un chef-d'œuvre de malice et de grâce 7. Anatole France avance le mot chef-d'œuvre après que Daudet l'ait dit «beau comme du Shakespeare» et que Catulle Mendès en ait publié une version du poète provençal Théodore 6 Alphonse Daudet, Numa Roumestan : mœurs parisiennes, Paris, Fasquelle, 1950, p V e édition, Anatole France, Chansons populaires de l'ancienne France [1891], dans Oeuvres complètes illustrées, Paris, Calmann-Lévy, [1925], v. 7, p. 105. ÉTUDES LITTÉRAIRES/AVRIL Aubanel dans son recueil de luxe les Plus Jolies Chansons du pays de France 8. Jean Richepin dans ses conférences sur les chansons populaires, le 5 décembre 1917, présente cette chanson de Marion où la dernière réplique est: Je te jetf rai par la fenêtre Corbleu, Marion! Et les corbeaux feront ripaille. [...] Mais à Paris, [afoute-t-ll] voici comment j'ai entendu la fin. Oui, entendu moi-même, et en plein quartier populaire, au fond des Batignolles. La fillette, presque la jeune personne, qui la chantait, arrêtait la chanson, tout net, sur l'ultime réplique de Marion. Alors, je t'vais couper la tête, Corbleu, Marion! Et puis, que ferez-vous du reste, Mon Dieu, mon ami? Je lui dis: «Mais pourquoi supprimez-vous le couplet de conclusion, celui qui parle des corbeaux faisant ripaille?» Elle me répondit tout simplement, avec une exquise ingénuité : «Oh! non, voyons, vous ne voudriez pas! C'est la femme qui doit avoir le dernier mot! 9» Richepin constate ici une variante parisienne. Nous savons maintenant que cette chanson n'est pas particulière à la Provence puisque les enquêtes ont révélé qu'elle est répandue dans presque toutes les Provinces françaises. Nous en connaissons plus de cent quarante-trois versions dont soixante recueillies au Canada français. Voici une version que M. Luc Lacourcière a entendu chanter le 7 octobre 1956 par Mme 8 Catulle Mendès, les Plus Jolies Chansons du pays de France: chansons tendres, choisies par Catulle Mendès, notées par Emmanuel Chabrier et Armand Gouzien. Illustrées par Lucien Métivet. Paris, Pion, Nourrit et Cie, [1888] pp. 5-8, 17 couplets, musique (accomp. pour piano), Ml. (pi. col.). Théodore Aubanel ( ), poète provençal, ami de Frédéric Mistral. 9 Jean Richepin, «Contes et chansons populaires des pays de France», dans Journal de l'université des annales, Paris, 12 e année, n 4, 1 er février 1918, p. 163 (Conférence littéraires). CHANSONS FOLKLORIQUES, CHEFS-D'OEUVRE D'INCONNUS 163 Armand Gagnon et Hidola Lavoie, à Saint-Hilarion (Charlevoix). Corbleur, sorbleur, ma mignonne! Yâ! qu'as-tu fait cette semaine, morbleur! Yâ! qu'as-tu fait cette semaine, sorbleur! Mon doux Jésus, mon mari! J'ai lavé des bas de laine, mon doux I J'ai lavé des bas de laine, Jésus! Corbleur, sorbleur, ma mignonne! Ça prend pas une semaine, morbleur! Pour laver des bas de laine, sorbleur! Mon doux Jésus, mon mari! La fontaine était brouillée, mon doux! La fontaine était brouillée, Jésus! Corbleur, sorbleur, ma mignonne! Qui ce qu'a brouillé la fontaine, morbleur! Qui ce qu'a brouillé la fontaine, sorbleur! Mon doux Jésus, mon mari! C'est les chevaux de la reine, mon doux! C'est les chevaux de la reine, Jésus! Corbleur, sorbleur, ma mignonne! Qui ce qu'a couché avec toi hier au soir, morbleur! Qui ce qu'a couché avec toi hier au soir, sorbleur! Mon doux Jésus, mon mari! C'est ma p'tite cousine germine, mon doux! C'est ma p'tite cousine germine, Jésus! Corbleur, sorbleur, ma mignonne! Ma p'tite cousine germine a pas de barbe noire, morbleur! Ma p'tite cousine germine a pas de barbe noire, sorbleur! Mon doux Jésus, mon mari! Elle a mangé des mûres noires, mon doux! Elle a mangé des mûres noires, Jésus! Corbleur, sorbleur, ma mignonne! Y a pas d'mûres noires en hiver, morbleur! Y a pas d'mûres noires en hiver, sorbleur! ÉTUDES LITTÉRAIRES/AVRIL Mon doux Jésus, mon mari! Y en a dans le jardin de mon père, mon doux I Y en a dans le jardin de mon père, Jésus! Corbleur, sorbleur, ma mignonne! Grèye-toi, allons-y voir, morbleur! Grèye-toi, allons-y voir, sorbleur! Mon doux Jésus, mon mari! Les vaches ont mangé les branches, mon doux! Les vaches ont mangé les branches, Jésus! Corbleur, sorbleur, ma mignonne! Mets-toi à g'noux, j'te tranche le cou, morbleur I Mets-toi à g'noux, j'te tranche le cou, sorbleur! Mon doux Jésus, mon mari! Ah I je t'en demande pardon, mon doux I Ah! je t'en demande pardon, Jésus I Corbleur, sorbleur, ma mignonne! Y enlève-toi, je ty pardonne, morbleur! Y enlève-toi, je ty pardonne, sorbleur! Mon doux Jésus, mon mari! Aujourd'hui, tu my pardonnes, mon doux! Demain j'te frai pousser des cornes, Jésus! Corbleur, sorbleur, ma mignonne! Yâ! répète-moi c'que tu viens d'dire, morbleur! Yâ! répète-moi c'que tu viens d'dire, sorbleur! Mon doux Jésus, mon mari! Aujourd'hui tu my pardonnes, mon doux! Demain j'te frai manger des pommes, Jésus! Corbleur, sorbleur, ma mignonne! Yâ! c'est pas ça que tu viens d'dire, morbleur! Yâ! c'est pas ça que tu viens d'dire, sorbleur! Mon doux Jésus, mon mari! Ah! que les hommes, ils sont donc bêtes, mon doux! On peut tout leur faire accroire, Jésus! Archives de Folklore, coll. Luc Lacourcière, enreg CHANSONS FOLKLORIQUES, CHEFS-D'OEUVRE D'INCONNUS 165 Dans cette version canadienne-française, la façon de terminer ce dialogue est moins cruelle et beaucoup plus dans le ton de la chanson. Cependant nous découvririons d'autres conclusions dans les nombreuses versions des pays francophones et même au-delà: car on a retrouvé des chansons similaires dans les traditions anglaise, allemande, suédoise, espagnole, italienne, etc Il y a là plus qu'une simple littérature nationale. Après cela, que penser de ceux qui voient dans les chansons de tradition orale uniquement une raison patriotique d'attachement à un sol particulier quand les études comparées révèlent que des versions d'une même chanson se retrouvent souvent dans la plupart des provinces françaises, des pays francophones et aussi dans différents autres pays européens comme c'est le cas pour Corbleur, Sambleur, Mari on. L'emploi qu'ont fait les romantiques et les réalistes de la chanson de tradition orale comme couleur locale était basé sur une prétention de naissance spontanée au sein des masses populaires et paysannes. Puisque les études comparées ont prouvé la fausseté de cette origine, nous savons gré quand même à ces écrivains d'avoir redécouvert ces chansons et d'avoir engagé bien des gens de lettres à en faire des collections pour les étudier. Les douze membres de la section de philologie du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France avaient reçu du ministre Hippolyte Fortoul de 1852 à 1856 la mission d'enquêter à travers la France dans le but de compiler le recueil des Poésies populaires de la France 12. Ces 11 Corbleur, Sambleur, Marion. Version anglaise: Francis James Child, The English and Scottish Popular Ballads, New York, 1965, n s 156, 157, 158. Version espagnole: Pelay Briz, Cansons de la terra. 1867, II, 73; reprise dans Eugène Rolland, Recueil de chansons populaires. Paris, Maisonneuve, 1886, v. 2, pp , n CLXIII. Version italienne: Costantino Nigra, Canti populari del Piemonte, Torino, 1888, n 85, pp , Le Repliche di Marion. Version suédoise: LéonPineau, Thore et sa sœur, Revue des traditions populaires, v. 19, n 11, novembre 1904, pp , 18 couplets, refr. 12 Bulletin du Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France. Paris, Imprimerie Impériale, , 4 v., 23 1 /2 cm. ill. (pi.). Pour les années Aussi : Poésies populaires de la France, 6 v. manuscrits, Paris, Bibliothèque Nationale, Manuscrits, Fonds Français, nouvelles acquisitions, n os ÉTUDES LITTÉRAIRES/AVRIL douze personnalités étaient des littérateurs et des académiciens comme Jean-Jacques Ampère, Sainte-Beuve, Paulin Paris, etc... Bien que le Comité n'ait jamais publié le résultat de son enquête, de nombreux chercheurs dans les provinces de France et dans les pays francophones ont fait paraître des collections de chansons traditionnelles. Il en est résulté plusieurs centaines de recueils qui ont eu une grande influence non seulement chez les écrivains mais aussi chez les poètes de la deuxième moitié du XIX e siècle à partir des symbolistes. Ces poètes s'évertuèrent à rajeunir leur art savant au contact de cet art dit primitif et typiquement français. Déjà en 1852, Gérard de Nerval, applaudissant au travail de compilation des chansons populaires qu'entreprenait le Comité de la langue, de l'histoire et des arts de la France, écrivait : On parle en ce moment d'une collection de chants nationaux recueillis et publiés à grand frais. Là, sans doute, nous pourrons étudier Iles rythmes anciens conformes au génie primitif de la langue, et peut-être en sortira-t-il quelque moyen d'assouplir et de varier ces coupes belles mais monotones que nous devons à la réforme classique. La rime riche est une grâce, sans doute, mais elle ramène trop souvent les mêmes formules. Elle irend le récit poétique ennuyeux et lourd le plus souvent, et est un grand obstacle à la popularité des poèmes 13. Ce souhait de Nerval a fait son chemin. Dès 1868, un chercheur encourageait les poètes dans cette voie. Edouard Schuré terminait son Histoire du lied: ou, la Chanson populaire en Allemagne, par un chapitre intitulé: Ce qui manque à la poésie lyrique en France, où les poètes de l'époque ont pu lire : Lorsqu'un étranger, qu'il soit Italien, Anglais ou Allemand, lit la plupart de nos grands poètes, il est frappé tout d'abord par le caractère oratoire, qui défigure parfois leurs plus belles créations. [...] Nous nous hâtons de leur répondre que chaque nation a son goût en littérature, que le nôtre c'est l'éloquence, [...] Mais tout en défendant ainsi notre cause, nous sommes forcés de nous avouer en secret, qu'en poésie l'éloquence est inférieure à l'inspiration pure, qu'en 13 Gérard de Nerval, Sur les chansons populaires, dans Oeuvres, 1966, v. 1, p (Bibliothèque de la Pléiade). CHANSONS FOLKLORIQUES, CHEFS-D'OEUVRE D'INCONNUS 167 fait d'art les genres mêlés sont toujours les mauvais genres et que chez les Grecs, ces maîtres immortels de la poésie, le lyrisme avait cette allure vive, rapide, musicale que nous pourrions retrouver nous aussi dans votre poésie populaire 14. Schuré exprimait là les idées de ses contemporains en louangeant la chanson populaire et en soulignant le défaut de la poésie française, que Verlaine fustigera dans son Art poétique: Prends l'éloquence et tords-lui son cou! Après avoir combattu l'éloquence, il veut «assagir» la rime pour qu'elle plaise plus à l'oreille qu'à l'œil, ce qui est courant dans la tradition orale. Quant aux vers impairs, ils sont à profusion dans la poésie orale. Il y aurait beaucoup d'autres rapprochements à faire entre Y Art poétique de Verlaine et la chanson folklorique. Les poètes de cette époque portaient beaucoup d'intérêt à la chanson populaire, à commencer par Baudelaire qui fréquentait le salon de Champfleury. Quand le Comité en 1856 met au rancart les Poésies populaires de la France, en réaction, Champfleury publie, (en 1860) en collaboration avec le musicien bohème et collectionneur Weckerlin, les Chansons populaires des Provinces de France dédiées à Charles Baudelaire. Ce recueil aujourd'hui décrié par les folkloristes a eu un impact considérable sur son époque. D'autant plus que bien des collectionneurs de province suivirent cet exemple et publièrent les résultats de leur enquête au lieu de les envoyer au Comité. Le recueil de Champfleury fut louange par un des membres du Comité, Sainte-Beuve, qui confirmait ainsi l'échec de cet organisme officiel. Cependant non seulement Baudelaire mais tous les poètes et les écrivains de l'époque se tournèrent vers cet art qui satisfaisait leur besoin d'exotisme. Les témoignages sont nombreux. Jean Richepin le proclamait sans ambages. 14 Edouard Schuré, Histoire du lied; ou, la Chanson populaire en Allemange, Paris, Librairie Internationale; etc., 1868, pp ÉTUDES LITTÉRAIRES/AVRIL S'il y a eu vraiment un Parnasse en France et une fontaine où les Muses donnent à boire aux poètes, ce fut, pour beaucoup de nous, celle-là [la poésie populaire]. En tout cas, moi, pauvret, elle fut ma préférée, et je m'y suis abreuvé, jusqu'à l'ivresse; je ne m'en défends pas, bien au contrairei 15 Mais Jean Richepin ne se contente pas de parler pour lui, il témoigne aussi pour les deux grands symbolistes: Je les ai beaucoup connus, beaucoup aimés, [...] ils ont été tous les deux, Verlaine et Rimbaud, imprégnés des chansons populaires de leur pays, et voilà pourquoi, peut-être ils ont été des poètes d'un génie si particulièrement étrange parfois 16. Rimbaud n'a-t-il pas chanté dans Une Saison en enfer? J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires; la littérature démodée, latin d'église, livres erotiq
Similar documents
View more...
Search Related
We Need Your Support
Thank you for visiting our website and your interest in our free products and services. We are nonprofit website to share and download documents. To the running of this website, we need your help to support us.

Thanks to everyone for your continued support.

No, Thanks
SAVE OUR EARTH

We need your sign to support Project to invent "SMART AND CONTROLLABLE REFLECTIVE BALLOONS" to cover the Sun and Save Our Earth.

More details...

Sign Now!

We are very appreciated for your Prompt Action!

x