THOMAS LOMBARD. Transformations. Une vie de rugby. Éditions de La Martinière

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Transformations THOMAS LOMBARD Transformations Une vie de rugby Éditions de La Martinière ISBN Éditions de La Martinière, une marque de la société EDLM Le Code de la propriété intellectuelle
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Transformations THOMAS LOMBARD Transformations Une vie de rugby Éditions de La Martinière ISBN Éditions de La Martinière, une marque de la société EDLM Le Code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l auteur ou de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L et suivants du Code de la propriété intellectuelle. À ma femme, Sylvie, mes enfants, Laurie, Margaux et Lisandro, qui savent combien le rugby est important dans ma vie et qui supportent si souvent mes absences de la maison pour que je puisse rester au plus proche de ce ballon ovale. Préface En ce mois d août 1994, la musique bat son plein dans une discothèque à la mode de Saint- Tropez. Un jeune homme timide vient me saluer. Il doit savoir que je suis le président du Stade Français. Il porte un polo Eden Park le signe de reconnaissance des gens de notre monde, la société des amateurs du ballon ovale. C est un rugbyman, en vacances dans la région. Il joue au Racing Club de France, il est champion de France junior. Cette même année en mai à Chalon- sur- Saône, il a joué avec son équipe en lever de rideau de notre match homérique de quart de finale de quatrième division. Nous nous sommes forcément croisés. Je lui demande son nom. Il s appelle Thomas Lombard. Trois ans après, en 1997, c est sur le capot de ma voiture, dans le quartier de la rue Princesse, plus connue sous le nom de rue de la Soif, qu il signe sa mutation au Stade Français. Je voulais qu il nous rejoigne. Je savais que c était un bon joueur, il avait sa petite réputation à Paris. Nous en avions 9 parlé avec l entraîneur, Bernard Laporte. Une autre chose était importante pour moi : il avait un bon état d esprit. Il était intelligent. Nous sommes partis pour une belle aventure humaine et sportive qui a duré sept années. Nous voilà en septembre Notre match de championnat contre Nîmes se joue à Massy car le stade Jean- Bouin est indisponible. Thomas Lombard marque tellement d essais, sa prestation est si spectaculaire qu il est immédiatement happé par le XV de France. Tout est allé très vite et c est vrai qu il était rapide sur le terrain. Son club, le Stade Français, est fier de compter un nouvel international. Il entre dans la cour des grands, celle des joueurs qui écrivent l histoire du rugby. Un sport qui faisait la joie de sa jeunesse insolente, et pour lequel il a toujours la même ferveur. Thomas a été plusieurs fois champion de France avec le Stade Français et a honoré de nombreuses sélections en équipe de France. C est un homme déterminé, courageux et pressé, parfois trop. Je me souviens de sa blessure aux ligaments croisés du genou quand il a voulu aller plus vite que la nature, plus vite que la musique Je dois dire qu il a été l un des premiers à oser l aventure du fameux calendrier des «Dieux du stade» que j avais imaginé. Il fit même la couverture de la deuxième édition. Il contribua ainsi à transformer l image du rugbyman, 10 à lui donner un côté beaucoup plus glamour et populaire, surtout auprès du public féminin. Fidèle en amitié, Thomas est de ceux qui ont de la mémoire. Il m a demandé d écrire la préface de son livre. C est pour moi un honneur et une marque de confiance. J ai préféré parler de lui plutôt que du livre, car je partage pour l essentiel sa vision et son analyse. Thomas Lombard a connu la profonde mutation du rugby et son évolution vers ce «nouvel âge». Il en est un témoin privilégié : à la fois acteur et observateur. Dernière chose, mais d importance : ce livre est clair et bien écrit. Je l ai lu avec un grand plaisir. Fier de toi, Thomas! Max Guazzini Seul le combat rend l homme éternel! Goethe Introduction Une année a fait date dans l histoire du rugby : est l année de la troisième Coupe du monde. La France s y incline en demi- finale, au moins autant contre l histoire que contre une redoutable équipe sud- africaine, dont le meilleur joueur est peut- être Nelson Mandela, celui qui, quelques mois plus tôt, a permis à son pays de sortir de l apartheid. Un homme, Kerry Packer, magnat des médias australiens, va, en marge de cet événement politico- sportif et dans l optique de colossales prébendes, tenter de faire basculer le rugby et ses acteurs vers un sport où on ne joue plus seulement pour des couleurs, mais aussi pour de l argent. L impensable est bel et bien en train de se produire : le rugby devient professionnel, en France comme ailleurs. Mais Bernard Lapasset, président de la Fédération française de rugby, entre autres intervenants, a le bon goût de ne pas laisser la main à l Australien pour orchestrer cette 15 transition. Au rugby, comme en politique, on n accepte pas l ingérence. Comment un sport, où l unité entre les hommes et l égalité de tous devant le ballon est la règle d or, va- t-il gérer ces invités surprises que sont l argent et les fiches de paie? Telle est la question. Avec aujourd hui près de vingt ans de recul, il est clair qu un certain nombre de choses ont changé disparu serait sans doute un peu trop fort, mais les hommes, comme le jeu, se sont adaptés aux nouvelles problématiques et exigences. On a d abord choisi, à tort sans doute, de professionnaliser les hommes plutôt que les structures. Les joueurs se sont vu demander de prévoir, outre un passage chez la diététicienne, un abonnement annuel à la salle de musculation la plus proche, ainsi que d abandonner toute activité professionnelle, artistique voire culinaire ou viticole qui pourrait avoir une incidence néfaste sur leurs performances. De trois entraînements en soirée par semaine, les joueurs passent dorénavant leur journée au club avec plusieurs séances quotidiennes. On a également accru subitement le nombre d entraîneurs au sein d une même équipe, comme si, du jour au lendemain, la science de l entraînement ne pouvait plus être détenue par un seul et même homme. Les clubs ont alors été dans l obligation de construire des budgets, alimentés par des sponsors dont il fallait chaque année tirer davantage mais qui, en retour, ne se contentaient 16 plus, en cas de tempête au classement, de belles ribotes en compagnie du président et de joueurs triés sur le volet. Les sponsors exigeaient dorénavant des engagements précis et circonstanciés afin de garantir le maintien de leur soutien. Dès lors, la victoire allait devenir le bien suprême. Il fallait avant toute chose l emporter. Pour attirer les sponsors, bien sûr, mais aussi et cela est capital dans le sport le public et, en étant plus précis, les supporteurs. Il n y a pas de grands clubs sans grands supporteurs et la notoriété d une équipe se mesure, outre à ses résultats, au taux de remplissage de son stade sur une saison. Une question essentielle se posait. Fallait- il trahir et abandonner ce qui, hier, faisait notre patrimoine, à savoir un style de jeu identitaire? Vouloir conserver son style de jeu coûte que coûte ne représentait- il pas un pari trop risqué à tenter, dès lors qu il pouvait ne pas déboucher sur la victoire? Ces interrogations allaient amener bon nombre de réflexions et surtout contraindre les équipes à imaginer de nouvelles alternatives de jeu lors de leurs différentes rencontres. Gestion de la prise de risque, du terrain et du score, impératif de victoire à domicile, points de bonus offensif ou défensif, sont autant de données dont les joueurs doivent aujourd hui tenir compte. Autre point : si désormais, avec l avènement du professionnalisme, les sponsors allaient avoir la possibilité de miser sur une équipe plutôt que sur une autre en fonction de sa popularité et de ses performances, les joueurs allaient 17 très certainement eux aussi choisir leur club selon son attractivité sportive et financière. Quand, à 12 ans, on se jurait de vaincre et de triompher sous les mêmes couleurs toute sa vie, l épreuve du temps et la pratique de ce rugby professionnel allaient changer la donne. De quatre- vingt, le nombre de clubs de l élite était passé à seize, puis quatorze, à tel point qu on se demanda même si le Toulonnais n allait pas devenir toulousain, le Berjallien parisien et, comble de l inimaginable, le Bayonnais biarrot! Et comme si ces chocs culturels n étaient déjà pas assez lourds à assumer, des Fidjiens ou des Samoans, en tongs, armés d ukulélés et de plaquages dévastateurs, allaient désormais croiser le fer avec de pragmatiques Australiens et autres Sud- Africains protéinés, du côté d Aurillac ou de Clermont-Ferrand. Le club n était plus la vitrine culturelle d un village, d une ville ou d une région, il devenait aussi une marque, parfois planétaire, possédant des ambassadeurs aux passeports variés qui devaient, du jour au lendemain, fondre leurs cultures et leurs origines pour vivre et gagner ensemble. La réussite était à ce prix et le rugby a, dans son ensemble, plutôt bien négocié ce difficile virage à angle droit. Certains y ont laissé des plumes et les places fortes d hier ne sont peut- être plus celles d aujourd hui, mais le métissage culturel aura offert la possibilité aux hommes de s enrichir, de réapprendre à faire preuve d une certaine philanthropie et de délaisser, par là même, une forme d exclusivité culturelle, parfois sclérosante. 18 Descendre, remonter pardon : être relégué ou promu!, provoque aujourd hui plus qu une simple déception ou une fierté sportive. Cela a une incidence directe sur les ressources économiques d un club, et sur le sort des joueurs. La bannière Top 14 compétition regroupant les quatorze meilleurs clubs professionnels français synthétise- t-elle, à elle seule, ce qu est le rugby actuel? Sans aucun doute : non! Et les exigences des niveaux inférieurs sont parfois aussi grandes. Si l on considère, par exemple, la Pro D2, premier palier de l élite, la dimension du combat dans les phases de conquête du ballon avec le côté besogneux, agressif et même brutal qui peut parfois caractériser le rugby y atteint souvent son paroxysme. On dit d ailleurs qu une équipe qui est rétrogradée a la possibilité de se reconstruire autour des fondamentaux de notre sport que symbolise cette division et donc de revenir plus forte, plus soudée. Avec un état d esprit et des valeurs guerrières régénérés, l avenir de l équipe ne peut être que radieux. Tout cela est vrai, mais le véritable enjeu est sans doute de maintenir à flot le navire d un point de vue économique, dans ces moments de recul de notoriété dus à la relégation. L argent a tourné les clubs vers de nouveaux défis, dont celui d en trouver toujours autant, si ce n est plus. Il a offert aux joueurs un passeport vers d autres destinations que celle 19 du sacro- saint stade municipal de leur ville de naissance. Il leur a aussi permis de garnir leur porte- monnaie tout en pratiquant leur passion. Il leur a enfin donné l opportunité d appréhender d autres cultures et d autres hommes, d autres terres et d autres formes de rugby. Le rugby est donc professionnel! Mais, vous l aurez sans doute remarqué, la vie est composée d éléments immuables et infrangibles. Le tournoi des Six Nations en fait partie. L engouement et la ferveur populaires, qui grimpent dès les premiers jours de février, en attestent. Cette ferveur est la même qu il y a vingt, trente ou soixante ans. De Colombes au Stade de France, en passant par le Parc des Princes, on ressent toujours la même passion. Le tournoi est magique, comme si Jean- Pierre Rives avait joué hier et que Serge Blanco, sur un exploit dont lui seul avait le secret, allait nous faire gagner à nouveau demain. Ce côté intemporel est saisissant car, oubliant les questions d évolution du jeu et de ses acteurs, il se résume toujours à cet affrontement mythique entre la France et l ennemi héréditaire, l Angleterre, ainsi qu avec les Celtes et les derniers venus, les Italiens. Pour beaucoup, peu importe finalement que ce tournoi constitue une préparation en vue des confrontations annuelles avec l hémisphère sud, qui permettent de s étalonner face aux «meilleurs nations du rugby» : le tournoi des Six Nations est unique! Il est 20 ce qui symbolise le rugby dans la mémoire du plus grand nombre. On est dans la tradition, on joue pour l histoire, pour l honneur, pour l émotion de revêtir un maillot frappé du coq. La pureté et le classicisme sont absolus, La Marseillaise retentit pour convaincre les plus réticents. Dès lors et pour l espace de quatre- vingts minutes, tout le reste est superflu. Profitons de ces quelques lignes très solennelles pour attirer votre attention sur la volonté et le choix vertueux de Pierre Camou, actuel président de la Fédération française de rugby, qui veille scrupuleusement à ce que la tunique de l équipe de France, en cela seule nation majeure au monde, reste encore vierge de tout sponsor. Belle leçon d attachement à un maillot et à un sport, dans lequel il existe parfois, et ce en dépit de la présence exponentielle de l argent, des valeurs et des principes sur lesquelles on ne transige pas. Une seule question me taraude toutefois. Pourquoi le symbole tricolore du bleu- blanc- rouge a- t-il subitement disparu de la tunique des joueurs du XV de France? Pourquoi les Bleus sont- ils aujourd hui tous vêtus en bleu, ou en bleu et rouge, mais plus jamais en bleu- blanc- rouge? Le patriotisme à la française serait- il assez exacerbé pour se permettre de se passer de la symbolique du drapeau national? Je ne le crois pas. Loin de moi l idée d un patriotisme extrémiste! Mais la représentation internationale du XV de France s est essentiellement construite sur nos couleurs, en faire 21 l économie aujourd hui est fort discutable. Les considérations marketing et le besoin pour les équipementiers de vendre toujours plus de maillots n ont- ils plus de limites? En regardant le match France- Écosse du tournoi des Six Nations de 2015, j imaginais un téléspectateur qui n aurait jamais vu de match de rugby de sa vie. Sur l écran, une équipe vêtue de maillots bleu marine, shorts blancs, bas bleu marine affrontait une équipe portant des maillots rouges, shorts bleus, bas rouges. Laquelle de ces deux formations était la France? Il fallait choisir les rouge et bleu, en toute «logique» Oui, en toute logique marketing! Le rugby tire sa force de cet étrange amalgame entre des valeurs et une histoire solidement ancrées, qui semblent prendre encore plus de sens aujourd hui. Dans l esprit du quidam, le rugbyman est un «mec bien», rarement pointé du doigt! On s identifie à lui, et même si, parfois, on trouve étrange cette passion pour un sport si éprouvant physiquement, jamais on ne le brocardera pour autant. Quels visages auront donc le rugby et les joueurs demain? À quels changements doit- on encore s attendre dans son organisation? Depuis déjà quelques années, certains mécènes, capitaines d industrie, ont choisi le rugby comme vecteur de communication et axe de sponsoring majeur. Certains ont pratiqué ce sport assidûment, d autres non, mais tous affichent la ferme volonté de bousculer les habitudes et les pratiques. 22 On discute de l organisation des compétitions, de la redistribution des richesses, du refus de limiter les joueurs étrangers ou de la limite du nombre de contrats professionnels. La question n est pas de savoir si ces nouveaux présidents de clubs parviendront à faire bouger les choses, mais davantage d imaginer jusqu où ils comptent aller. D un autre côté, les joueurs professionnels, soumis à des cadences infernales des saisons, où les plages de repos deviennent aussi rares que les défaites de la Nouvelle- Zélande, essaient tant bien que mal de rester performants, et d éviter les blessures. Représenter son pays au niveau international reste un privilège, mais est- il toujours réalisable? Ces derniers espéreront peut- être un coup de main des arbitres, dont on a, ces derniers temps, tendance à parler autant que des performances des joueurs. Leur rôle, bien qu extrêmement difficile à tenir, reste incontournable. Une des valeurs socle du rugby n est- elle pas de respecter le corps arbitral? Il est important de ne pas l oublier. Le rugby de ma jeunesse a bien entendu évolué et il continuera sans doute de le faire, sans s éloigner radicalement j en reste convaincu de ses principes séculaires qui le rendent unique. Malgré la médiatisation, la professionnalisation, les multiples compétitions, les rugbys d aujourd hui et d hier restent étroitement liés.
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