DURTAL ENTRE LE RÊVE DE LA SÉRÉNITE ET LA MENACE DE LA TOURMENTE

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JAN LANDUYDT À GENOUX DURTAL ENTRE LE RÊVE DE LA SÉRÉNITE ET LA MENACE DE LA TOURMENTE Anthologie 2011 Illustration de la couverture : eau-forte de Charles Jouas dans J.-K. Huysmans, La Cathédrale, Paris,
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JAN LANDUYDT À GENOUX DURTAL ENTRE LE RÊVE DE LA SÉRÉNITE ET LA MENACE DE LA TOURMENTE Anthologie 2011 Illustration de la couverture : eau-forte de Charles Jouas dans J.-K. Huysmans, La Cathédrale, Paris, Blaizot & Kieffer, 1909 JAN LANDUYDT À Genoux Durtal entre le rêve de la sérénité et la menace de la tourmente Anthologie Huysmans disait déjà que prier, c est jeter un caillou dans la mare ; il agite les cercles concentriques, remue les dépôts de vase ensevelis, soulève ce que l immobilité tenait caché. Comment maîtriser ce que déclenche en nous l agenouillement? 1 Jan Huysmans, La Prière «En effet ces trois rêves, réalisant ses [de Jacques Marles] désirs, révèlent ses pulsions violentes, ses préoccupations érotiques, ses tendances homosexuelles. [ ] Inutile aussi d insister sur 1 Michel Bouttier, «Prier», Réforme, 14 mars 1974, cité dans le Bulletin J.-K. Huysmans, n 63, p. 57. Voir La Cathédrale, Le Roman de Durtal, p. 725, passage repris infra. 1 l agenouillement d Esther (l agenouillement étant d ailleurs toujours connoté d une manière inquiétante dans Huysmans), [ ]. 2» Dans le texte cité, la problématique de l agenouillement chez Huysmans a tout de suite éveillé notre intérêt. L hypothèse de Rose Fortassier mérite sans doute d être vérifiée dans l ensemble du corpus huysmansien, mais où s agenouiller mieux que devant l autel ou dans le confessionnal? Nous avons donc décidé de limiter notre lecture ciblée aux ouvrages de la conversion, dits «Le Roman de Durtal 3», d autant plus que Durtal y est le double trafiqué de l auteur même et que, peutêtre, on pourra ainsi mieux appréhender les états d âme de ce dernier. Il voulait se confesser, une dernière fois, à son ami, mais il n y avait plus ni prie-dieu, ni chaise ; tout était ôté jusqu au crucifix et à la gravure en couleur de la Vierge ; une paillasse sans draps gisait, seule, étendue, pour y passer la nuit, sur le carreau. Le père s assit sur le rebord de la fenêtre et comme le sol était couvert par la poussière du déménagement, Durtal déploya un vieux journal et s agenouilla dessus. 4 Sur le pénible chemin de sa conversion, Durtal s agenouille souvent. Dans la tradition occidentale, et plus particulièrement dans les 2 Rose Fortassier, «Le récit de rêve dans En Rade», Huysmans. Une esthétique de la décadence, Genève- Paris, Slatkine, 1987, p Le Roman de Durtal est le titre donné au recueil de Là-bas, En Route, La Cathédrale et L Oblat par les éditions Bartillat (Paris, 1999) ; toutes les références du présent article renvoient à ce volume. 4 L Oblat, Le Roman de Durtal, p usages religieux certainement à l époque de la conversion de Huysmans cette action, cet acte, ce geste, cette attitude, cette posture visent à rapetisser le corps (fléchir les genoux, tomber à genoux), en signe d humilité, pour marquer l adoration, l imploration ou le repentir, et peuvent se décliner sur trois modes 5 : celui de la génuflexion mode modéré qui est un geste ponctuel (elle est par exemple faite par le prêtre après chacune des consécrations ou par les fidèles devant le tabernacle) ; celui de l agenouillement mode courant qui est une position stable (adoptée par les fidèles au moment de la consécration, avant de recevoir l eucharistie ou lors de la réception du sacrement de la pénitence) ; et enfin, celui de la prostration/prosternation mode excessif qui signifie la soumission totale, la parfaite disponibilité (position des prêtres lors de leur ordination, des moines au moment de leur profession religieuse définitive). La prière ne requiert pas nécessairement l agenouillement, mais quand elle devient plus humble, plus recueillie, surtout quand elle est personnelle et non collective, elle se fait généralement à genoux 6. L agenouillement pendant la prière est devenu un usage chrétien. Selon l ancienne loi judaïque dans l ère préchrétienne, il était de règle de prier debout, sauf dans des circonstances de solennité particulière ou de supplication urgente. Dans les Évangiles, nombreux sont les malheureux qui se prosternent pour implorer Jésus de leur accorder quelque chose 7 et il y a aussi quelques références à la prière en position agenouillée (notamment celle de Jésus dans le jardin des Oliviers), mais ce n est qu à partir des Actes des apôtres que se généralise cette prière à genoux 8 telle que pratiquée par les dévots chrétiens. La tradition nous dit à propos de l apôtre Saint-Jacques, «frère du Seigneur», qu à cause de ses agenouillements continuels, ses genoux étaient devenus aussi calleux que ceux d un chameau 9. Durtal prie beaucoup, mais ne se sent pas vraiment à l aise à genoux. Le gêne matériel est déjà un premier obstacle : «[ ], mais ce qui était malheureusement bien moderne, c était l intérieur de cette chapelle si exiguë que les pieds touchaient presque le mur d entrée lorsqu on s agenouillait devant l autel. 10» Dans Le Roman de Durtal, l agenouillement est souvent entaché de connotations péjoratives et s accompagne de sentiments négatifs, la 5 Les informations liturgiques sur les rites/rituels catholiques proviennent de Dom Robert Le Gall, Dictionnaire de liturgie, Éditions CLD, à consulter sur le site ainsi que de la Catholic encyclopedia, publiée aux États-Unis par The Encyclopedia Press entre 1907 et 1914, sous la supervision de plusieurs rédacteurs experts (à consulter sur le site 6 Au début du sixième siècle, Saint-Benoît enjoint ses moines de prier debout dans le chœur, mais de s agenouiller pour leurs prières intimes. 7 Matthieu : «Lorsqu ils furent arrivés près de la foule, un homme vint se jeter à genoux devant Jésus, et dit : / Seigneur, aie pitié de mon fils, qui est lunatique, et qui souffre cruellement ; [ ].» ; Marc 1.40 : «Un lépreux vint à lui ; et, se jetant à genoux, il lui dit d un ton suppliant : Si tu le veux, tu peux me rendre pur.», etc. 8 Actes : «Après avoir ainsi parlé, il se mit à genoux, et il pria avec eux tous.» ; Actes 21.5 : «Nous nous mîmes à genoux sur le rivage, et nous priâmes.», etc. 9 Voir par exemple Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, II, 23. Eusèbe de Césarée était évêque, théologien et historien de l Eglise (vers ). 10 En Route, Le Roman de Durtal, p position à genoux risque à tout instant de prendre une mauvaise tournure. L humilité expose à l humiliation, l hommage tourne à la soumission, le recueillement ouvre le gouffre du vide. La prostration adopte son sens figuré d abaissement ou son sens médical d abattement, d accablement. C est pourquoi l agenouillement se manifeste souvent comme un geste à éviter, presque gratuit, esquissé, de courte durée, comme une position interrompue au plus vite, comme un acte ponctuant des occupations plus divertissantes : «Il allait ensuite s agenouiller devant la Vierge noire, puis revenu dans le transept du Nord qu Elle avoisine, il s ébahissait, une fois de plus, devant la flore incandescente de ses vitres ; [ ]. 11» AGENOUILLEMENT, GESTE GRATUIT OU POSE PITTORESQUE Dans Le Roman de Durtal l agenouillement s inscrit souvent dans le cadre d un rituel et procède alors d une mis en scène où les mots à prononcer, les mouvements à exécuter sont préétablis. Celui qui s incline ou s agenouille ne fait que respecter les prescriptions. Il suit les instructions, sans s attarder sur le sens de ses gestes. L agenouillement est dans ce cas un geste gratuit, purement formel. On pourrait dire qu il s agit du «degré zéro de l agenouillement». Docre faisait les génuflexions, les inclinations médiocres ou profondes, spécifiées par le rituel ; les enfants de chœur, à genoux, débitaient les répons latins, d une voix cristalline qui chantait sur les fins de mots. 12 Durtal, lui, a une «aversion pour tous les rites exigés, pour tous les jougs 13» et déteste tout formalisme vide de sens. Il se sentait perturbé, mal à l aise et il aurait bien voulu que cette fête fût déjà terminée. Tout ce côté d attitude, de décor, auquel tenait tant le père cérémoniaire l inquiétait. Il craignait de se tromper ; et cette appréhension l empêchait de penser à l acte qu il allait accomplir et à la communion qui devait le suivre. Ah! Seigneur, je songe à tout, excepté à Vous, murmurait-il ; ce que je serais mieux à vous prier, seul à seul, dans un coin! 14 [nous soulignons] Il s insurge contre l agenouillement cérémonial et protocolaire pratiqué sans aucune sincérité par de faux dévots qui jouent la comédie et ne se mettent à genoux que pour ménager les apparences devant le public auquel ils se donnent en spectacle. 11 La Cathédrale, Le Roman de Durtal, p Là-bas, Le Roman de Durtal, p En Route, Le Roman de Durtal, p L Oblat, Le Roman de Durtal, p Le très noble baron des Atours, accompagné de sa famille, entrait. Il jetait un regard protecteur sur ces manants qui s effaçaient devant lui ; sa face de vieux capitaine d habillement s abattit, une fois agenouillé, au premier rang des chaises, entre ses dix doigts qui bientôt se disjoignirent, les uns pour tirer la brosse à dents de sa moustache, les autres pour caresser la boule lisse de son crâne. 15 À Paris, en sus des prêtres habitués, le clergé se divise ainsi : les prêtres hommes du monde et à l aise ; ceux-là, on les place à la Madeleine, à Saint-Roch, dans les églises dont la clientèle est riche ; ils sont choyés, dînent en ville, passent leur vie dans les salons, ne pansent que les âmes agenouillées dans de la dentelle [ ]. 16 L église devient théâtre et le prêtre maître de cérémonie de la pièce qui s y joue et dont ses ouailles sont à la fois acteurs et spectateurs. [ ] le bataillon sacré des dévotes qui ont des prie-dieu de luxe, des places réservées près de l autel, ainsi qu au théâtre près de la rampe, dans la maison de tous. 17 [nous soulignons] Et les dévotes étaient encore moins rassurantes ; elles envahissaient l église, s y promenaient ainsi que chez elles, dérangeaient tout le monde, bousculaient les chaises, vous cognaient sans même demander pardon ; puis elles s agenouillaient avec faste, prenaient des attitudes d anges contrits, marmottaient d intarissables patenôtres, sortaient de l église encore plus arrogantes et plus aigres. 18 Si Durtal hait le formalisme vide de sens, il comprend pourtant le sens du cérémonial. Il assiste à de nombreuses cérémonies, d abord comme observateur attentif, puis comme participant convaincu de la nécessité du rituel, mais sans jamais perdre de vue l aspect théâtral des événements. Quand tous eurent ainsi défilé, sur un signe du maître des cérémonies et tandis que le chœur chantait le cantique : «Ubi charitas», le novice se rechaussa et vint se mettre à genoux, au milieu du Chapitre ; les religieux en firent autant, devant leurs bancs. 19 Un des passages les plus révélateurs est celui de la prise d habit de Durtal, à la fin de son pénible parcours spirituel. Il est significatif que Durtal laisse à Mlle de Garambois le soin de décrire comment a dû se 15 L Oblat, Le Roman de Durtal, p Là-bas, Le Roman de Durtal, p La Cathédrale, Le Roman de Durtal, p En Route, Le Roman de Durtal, p L Oblat, Le Roman de Durtal, p passer cette cérémonie, bien qu elle n y ait pas assisté mais elle la connaît, la cérémonie est établie, arrêtée, consignée dans des textes à respecter, comme une pièce de théâtre classique, mais quand même altérable dans une certaine mesure, le metteur en scène n étant pas toujours le même. - Bien, maintenant je suis au courant, car la même cérémonie s est effectuée pour moi, mais dans une des chapelles de l église, alors. Je reprends : Dom de Fonneuve, en coule et avec l étole blanche, se tenait debout, en haut de l autel, entre Dom Felletin et Dom d Auberoche et, vous, vous étiez agenouillé sur la dernière marche. Le père prieur a débuté par «l adjutorium nostrum in nomine Domini» et toute la série des versets de la rubrique ; et les répons étaient psalmodiés par les moines présents et les novices ; puis, en de longues oraisons, il a sanctifié le scapulaire et, après l avoir aspergé d eau bénite, il s est tourné vers vous qui vous êtes relevé et, après un beau salut, êtes monté en haut de l autel où vous vous êtes réagenouillé. Il vous a alors imposé l emblème monastique, en vous disant, en latin : que le Seigneur vous revête de l homme nouveau créé à l image de Dieu dans la justice et la vérité sainte ; au nom du Père, du fils, etc. Ce après quoi, il s est retourné vers l autel, et vous êtes allé vous replacer à genoux, sur la dernière marche. La série des versets et des répons a recommencé, suivie du Kyrie Eleison, du Pater, encore accompagné de prières courtes, alternées entre le célébrant et les religieux et enfin est venue la longue oraison : Ô Dieu qui avez voulu que notre Bienheureux père saint Benoît je ne sais plus le reste enfin, il y est question que le saint vous protège, vous accorde la persévérance vous voyez ça Pour clore la cérémonie, vous avez baisé la grande relique que le père d Auberoche vous tendait et, tandis que l on inscrivait votre nom sur le registre du cloître, vous avez, je le présume du moins, embrassé, à tour de rôle, vos nouveaux frères. - Oui, ça se passe, comme au théâtre, en accolades ; l on s appuie simplement, les unes contre les autres, les joues, puis on joint les mains et l on se salue. Voilà. Maintenant, si vous voulez connaître toute ma pensée, eh bien, cette cérémonie, c est de l imitation, autrement dit, du moderne. 20 [nous soulignons] Quoi qu il en soit, la cérémonie consiste pour Durtal en une série de scènes jouées mais faisant partie de la liturgie qui a un sens religieux et aussi, peut-être surtout, une valeur esthétique. Il est ainsi profondément ébloui par le rituel de la Messe de Noël : Et la messe se déroulait dans le bruit de grandes eaux des orgues ; l Abbé, tantôt au trône, tantôt devant l autel ; l Abbé chaussé et ganté de blanc ; tête nue ou coiffé d une mitre 20 L Oblat, Le Roman de Durtal, p orfrazée, puis d une mitre couturée de gemmes ; l Abbé, les mains jointes ou tenant sa crosse qu il remettait ensuite au novice agenouillé qui lui baisait sa bague. Une fumée d encens voilait les lancettes en ignition des cierges et les veilleuses des reliques dardaient deux flammes de topaze dans la nuée bleue. Au travers des flocons de parfums qui montaient sous les voûtes l on apercevait la statue d or immobile, au bas des marches, du sous-diacre portant la patène dans un voile qu il levait jusqu à la fin du Pater, devant ses yeux, symbolisant ainsi l Ancien Testament dont il est l image, comme le diacre est la figure du Nouveau, montrant de la sorte que la Synagogue ne pouvait voir s accomplir les mystères de l Eglise ; et la messe se poursuivait, tous les enfants de chœur, agenouillés, à la file, avec un cierge allumé, durant l Elévation qu annonçait dans la nuit, le son des cloches ; c était enfin, à «l Agnus Dei» l Abbé donnant à l autel le baiser de paix au diacre qui descendait les marches et l imposait à son tour au sous-diacre, lequel, conduit par un cérémoniaire, dans les stalles des moines, embrassait le plus élevé en grade et celui-ci transmettait le baiser aux autres qui s accolaient et se saluaient ensuite, en joignant les mains. Ici, Durtal ne regarda plus rien ; le moment de la communion était proche ; [ ] 21 [nous soulignons] Durtal, comme son créateur Huysmans, est un œil ; il est charmé par les spectacles auxquels il assiste, comme celui, très beau et émouvant, de la profession des moniales de saint Benoît. Oui, à certains instants l on a envie de bramer l admiration qui vous étouffe! Le chef d œuvre de l art ecclésial, c est peut-être le Pontifical des Vierges. L on est pris, dès le début, aux moelles ; [ ] la vierge, tenant un flambeau allumé, fait un pas et s agenouille. 22 Or, après des expériences pareilles, le spectateur avide de splendeur risque fort d être déçu dans des circonstances moins fastueuses. - [ ] Que sont, en comparaison de ce drame vraiment divin qui se joue entre l âme et Dieu, les pauvres machines inventées par les théâtriers anciens ou modernes? Mon Dieu, les serins! - Oui, mais malheureusement, il n y a pas de couvent de Bénédictines ici, et je ne verrai jamais cela, fit Mme Bavoil. - C est pour vous dire simplement que la cérémonie de l oblature est, si on la rapproche de celle-là, si minime qu elle n est même pas intéressante à contempler. 23 [nous soulignons] Force lui est de constater que les actes rituels dont la prosternation et l agenouillement s avèrent souvent des gestes superficiels vite expédiés. 21 L Oblat, Le Roman de Durtal, p L Oblat, Le Roman de Durtal, p L Oblat, Le Roman de Durtal, p Le P. Felletin sortit et revint, quelques minutes après, avec le frère Cholet qui baissait, intimidé, les yeux. Il se prosterna, étendu à plat ventre sur le plancher. - Quid petis? que demandez-vous? - La miséricorde de Dieu et la confraternité avec vous. Et l Abbé répondit : - Que le Seigneur vous associe à ses élus! - Amen. L Abbé reprit : - Surge in Nomine Domini ; levez-vous, au nom du Seigneur. Le frère se leva et se mit à genoux ; [ ]. 24 Ce qui devrait être un signe de dévotion, devient un acte purement mécanique. Là, on se divisait et, après une génuflexion devant l autel, on se saluait. 25 Or, même en l absence de tout faste, Durtal peut quand-même être séduit par le charme que dégage la simplicité de certaines scènes dont il est témoin. Durtal, lui, rêvait à cette coutume, issue des premiers âges, perpétuée par l Eglise [le lavement des pieds], à cette leçon d humilité que saint Benoît infligeait à tous ses moines et, soudain, il ne put s empêcher de sourire ; le père Philigone Miné, assis, la tête perdue, dans un coin, la recouvrait subitement, ainsi que d habitude, alors qu il s agissait d un office. Il se démenait et, soutenu par deux frères, se traînait jusqu au coussin, déposait, en souriant, un bon gros baiser sur les pieds du petit Cholet et était ramassé avec peine et reconduit à son banc. 26 Mais il est malgré tout clair que Durtal, esthète, est surtout séduit par l aspect pictural de l agenouillement scénique. Le Roman de Durtal fourmille de petites esquisses traduisant une impression instantanée ou résumant une perception vécues par Durtal non seulement devant des œuvres d art, par exemple devant une fresque du 15 ème siècle dans Notre-Dame à Dijon : Enfin, tout au premier plan, un être bizarre, à genoux, une femme à face populacière, osseuse de garçon de barrière, le col entouré d un foulard, tend de profil ses bras et, elle aussi, scrute les nuées L Oblat, Le Roman de Durtal, p L Oblat, Le Roman de Durtal, p L Oblat, Le Roman de Durtal, p L Oblat, Le Roman de Durtal, p ou devant un autre fragment de fresque au même endroit : [ ] la Madone située tout près de la porte, une Madone, languissante et triste, avec l Enfant sur ses genoux, considérant un prêtre en surplis agenouillé devant elle ; tout cela délavé, pâli, agonisant, en un vague paysage qui s effume dans les pierres du mur. 28 mais également dans la vie : Il dévisagea les moines blancs installés dans la partie de la rotonde qu il pouvait voir et il reconnut parmi eux le père Etienne à genoux près d un moine court ; [ ]. 29 Durtal était alors sur le palier d un escalier qui portait, échelonné sur chacune de ses marches, un frère agenouillé ou debout, la tête enveloppée dans son capuchon, le visage tourné contre le mur. 30 Dans beaucoup de ces brèves esquisses, Durtal ne sait s empêcher de s attarder sur les détails ridi
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