Le Plan d urgence à la Bibliothèque nationale de France : un dossier jamais clos.

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Les aléas de la conservation en bibliothèque : prévenir et guérir. Journée organisée par la commission «Bibliothèques» du Conseil interuniversitaire de la Communauté française de Belgique. Le Plan d urgence
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Les aléas de la conservation en bibliothèque : prévenir et guérir. Journée organisée par la commission «Bibliothèques» du Conseil interuniversitaire de la Communauté française de Belgique. Le Plan d urgence à la Bibliothèque nationale de France : un dossier jamais clos. Isabelle Rollet (BNF) Diapositive 1 1 Présentation de la BnF C est un établissement multiséculaire dont l histoire remonte à l époque du roi Charles V au quatorzième siècle. Le site institutionnel en présente un panorama détaillé. C est aussi un établissement qui reste à la pointe des technologies d information, en témoigne sa bibliothèque numérique Gallica 1. La longue histoire de l établissement s est sédimentée dans ses collections, dont le volume, la variété et la richesse ne s expriment que par des superlatifs. En additionnant des fonds aussi variés que les imprimés, les manuscrits, les monnaies et médailles, les dessins, les costumes, les maquettes, les cartes pour ne citer que les principaux types, on estime à 30 millions les unités présentes dans les magasins. Diapositive 2 L histoire s inscrit aussi dans le patrimoine immobilier puisque, aujourd hui, la BnF se déploie sur 9 sites principaux, d âge et de structure variés: - le site François-Mitterrand (collections d'imprimés, périodiques, documents audiovisuels et documents informatiques) - le site Richelieu, (départements des Manuscrits, des Estampes et de la photographie, des Cartes et plans, des Monnaies, médailles et antiques, des Arts du spectacle) - le bâtiment Louvois (département de la Musique) - l'arsenal - la Bibliothèque Musée de l'opéra (Musique) - la Maison Jean Vilar à Avignon (théâtre) - le centre technique de Bussy Saint-Georges (Centre de conservation) - le centre Joel-Le-Theule à Sablé (Centre de conservation) et la Joie par les livres, installée, pour quelques années encore, dans des locaux du boulevard de Strasbourg. Diapositive 3 L organigramme ( ) présente une apparente simplicité mais masque une interpénétration des postes et des fonctions qui est peut-être difficilement évitable dans un établissement où travaillent près de 2600 personnes. L hétérogénéité constitutive se décèle aussi bien dans les modes de direction et de gestion que dans les pratiques des personnels ; c est une donnée qu il faut bien garder en tête quand on assure une mission de coordination comme celle qui m a été dévolue depuis bientôt deux ans. 1 qu il est conseillé d ouvrir via Mozilla Firefox 2 Les services de conservation Diapositive 4 Au sein de la direction qui rassemble les services (en contrepoint de l autre grande direction, celle qui rassemble les collections), le département de la Conservation a pour mission de définir les préconisations en matière de conservation préventive et de conservation curative, mais aussi de réaliser bon nombre de prestations au profit des collections ( ). C est aussi un acteur et un observatoire de la recherche, en témoigne la publication Actualités de la conservation 2. Destiné à promouvoir des actions de prévention ou, le cas échéant, à collaborer aux opérations de sauvetage des collections pour l ensemble de l établissement, le poste de coordination pour le plan d urgence a donc toute légitimité à être intégré à ce département. Cette évidence est pourtant relativement nouvelle eu égard à l histoire de la BnF, puisque c est seulement en 2000 que le poste fut créé. 3 Le Plan d urgence à la BnF Diapositive 5 Comme bon nombre d institutions patrimoniales, la BnF n a jamais été à l abri de sinistres venant mettre à mal tous les patients efforts quotidiens de constitution et de préservation des collections. Elle y a fait face toujours assurée du dévouement du personnel dans une impréparation relative. C est sans doute dans l attitude même des personnels des institutions culturelles - très forte identification des conservateurs à «leurs collections», culture de service au public des personnes s orientant vers ces carrières, pratique du travail d équipe, souci de la transmission du patrimoine - que s est longuement ancrée une difficulté à envisager la prévention des sinistres et la préparation aux opérations d urgence sous un angle professionnel. Le dévouement, le bénévolat, le volontariat, la solidarité et la générosité restent d ailleurs des notions très présentes dans le traitement des sinistres. L actualité récente nous fournit abondamment en exemples dramatiques. Comme tout champ professionnel, celui du patrimoine n échappe pas à une redéfinition périodique de ses pratiques ni même aux effets de mode. Dans les années 90, c est d abord du côté des institutions muséales qu émerge la notion de «plan d urgence» appliquée aux collections. Les grandes bibliothèques patrimoniales emboîtent rapidement le pas. L abondante bibliographie consacrée au sujet en fait foi. ( ) ( ). L ouvrage-phare du domaine Building an emergency plan : a guide for museums and other cultural institutions a été publié en 1999 par l Institut Getty de conservation et sa version française, Etablir un plan d urgence : guide pour les musées et autres établissements culturels date de Diapositive 7 2 La BnF n échappe alors pas à cette réflexion sur la nécessité d une approche en termes de prévention des sinistres, de préparation aux opérations d urgence et de mitigation des dommages qui restent les fondements méthodologiques d un plan d urgence. Cependant, comme bien souvent, c est sous la poussée d événements fortuits qu elle passera à un début de mise en place concrète. Le 5 mai 1996, à quelques centaines de mètres à vol d oiseau du bâtiment Richelieu, un incendie détruit le siège du Crédit Lyonnais, un bâtiment contemporain et de structure très comparable disparaît intégralement en quelques heures. Diapositive 8 A l automne 1998, après le transfert des collections imprimées dans le nouveau bâtiment de Tolbiac, un fort mouvement social perturbe la réouverture de la BnF. Des nombreuses causes de mécontentement et des diverses revendications émergent un «livre blanc» remis au médiateur ; s y trouve pointée, entre autres, l absence de consignes d urgence dans un bâtiment ressenti par beaucoup comme hostile et peu propice aux missions de conservation. Le 6 octobre 2000, un incendie se déclare dans une gaine technique adjacente au bâtiment de Tolbiac ; l établissement sera paralysé pendant plusieurs semaines plus d électricité signifie plus d éclairage, plus de renouvellement d air et arrêt de toutes les installations informatiques. L établissement mesure sa fragilité quand il doit dépendre d une alimentation électrique par des groupes électrogènes. Dans ce contexte, la nomination d un conservateur chargé de la mise en place d un Plan d urgence pour les collections a été perçue comme allant de soi. Dans tout établissement, il est en effet essentiel que la direction soutienne activement la mise en place d un plan d urgence non seulement en désignant une personne responsable mais en en faisant reconnaître le rôle par l ensemble des acteurs. A l intersection des attributions dévolues aux conservateurs chargés des collections, aux équipes techniques chargées de la maintenance des bâtiments et des installations techniques, aux équipes de sûreté et de sécurité, aux restaurateurs chargés du traitement des collections, son rôle est parfois difficilement perçu. En trois ans, ce premier responsable du Plan d urgence à la BnF a accompli un travail remarquable. Non seulement il a rassemblé une documentation jusqu alors éparse sur les plans des locaux et des installations, sur l implantation des collections, sur les fournisseurs et les partenaires éventuels, mais il a également mis en place une première logistique répartie entre des locaux de proximité au plus près des collections et un local de regroupement ; il a démarché tous les services pour un premier réseau de correspondants Plan d urgence, a coordonné la rédaction de nombreuses fiches de conseil 3 et a mis sur pied un module de formation qui, s il a nécessairement évolué, reste encore opérationnel aujourd hui. Enfin, il a grandement contribué à asseoir la notion même de Plan d urgence au sein de la BnF et dans le réseau des bibliothèques françaises 4. Dès le départ, il a défendu la coopération avec les musées, les centres d archives, les bibliothèques et les centres de formation à la conservation. 3 actualisées et disponibles sur 4 cf International preservation news décembre 2002 Jean Pierre Roze Sinistres : le déroulement d une opération de sauvetage. Il a d ailleurs largement contribué à la mise en place de la section française du Bouclier bleu 5. Ses continuateurs ont œuvré dans le même esprit. Diapositive 9 Malheureusement c est encore l épreuve des faits et dans ce contexte, nous parlons toujours de faits dommageables qui a le plus contribué à renforcer la légitimité de consacrer temps et financement à la planification préventive des situations d urgence. Des sinistres, petits et grands, sont venus régulièrement tester nos capacités de réaction. Lors d un symposium de l IFLA-PAC 6 dont les actes sont parus dans International preservation issues 7, ma collègue Josiane Laurent tire les leçons d un important dégât des eaux survenu en avril 2004 dans le bâtiment de Tolbiac. Diapositive 10 4 Le rôle de coordinateur pour le Plan d urgence Diapositive 11 J ai été nommée à ce poste en septembre Par mon expérience de plusieurs années comme responsable des collections de presse à la BnF puis des collections de la bibliothèque de l Inha 8, j avais moi-même connu le désarroi des conservateurs assistant à la mise en péril de leurs collections chéries. C est sans doute pour cela que mon premier souhait a été de tenir davantage compte du «terrain», c est-à-dire de promouvoir une conception moins centralisatrice du poste et de l organisation structurelle. A la présentation convenue de la place du coordinateur Plan d urgence - que je qualifierais de «roi-soleil» - je préfère substituer un ré-équilibrage au profit de tous les acteurs. Mon rôle consiste à animer un réseau de professionnels dont seule une fraction du temps peut être consacrée à la prévention et à la préparation aux situations d urgence. Mon souci est de faire intégrer les considérations et les nécessités de la conservation préventive à toutes les actions et opérations des corps professionnels agissant au sein de la BnF. Il s agit de s appuyer sur la nécessité de collaborer efficacement lors d un potentiel sinistre pour travailler en partenariat le plus en amont possible. Diapositive 12 Diapositive 13 Dit comme cela, cela peut sembler une évidence ou un voeu pieux. Le traduire en actions réelles suppose de s intéresser en profondeur aux autres corps professionnels, comprendre leurs approches, leurs contraintes, leurs imaginaires de l établissement, proposer des visites, des démonstrations ; bref, instaurer un vrai dialogue afin de rompre la «bulle mentale» qui isole chacun des groupes. Les clichés que nous partageons ou propageons tous traduisent Institut national d histoire de l art notre difficulté à reconnaître la légitimité des autres professions : les bibliothécaires, les restaurateurs, les climaticiens, les pompiers, les agents de sûreté, les informaticiens, les agents d entretien se côtoient mais se méconnaissent. Comprendre comment chacun s approprie l établissement peut aider à diminuer la compétition pour la préséance symbolique sur les locaux, les installations, les collections. On peut entendre «vos collections qui sont dans nos locaux»ou «votre climatisation est inadaptée à nos collections». Le clivage «eux / nous» n est transcendé, comme souvent, que lorsqu il faut faire front contre un tiers! Diapositive 14 Le travail de coordination du Plan d urgence consiste surtout à se donner des obligations de proposition d actions (par exemple le recensement du matériel, des actions particulières de formation, la reprise des procédures d alerte) et nécessite un certain pragmatisme. Il faut bannir les solutions a priori et ne pas imposer un modèle unique. La BnF ne compte pas moins d une trentaine de départements, services ou institutions hébergées conservant des collections. Chacun d eux a ses spécificités ; prenons pour exemple deux paramètres d analyse importants. D abord, celui des locaux. La bibliothèque de l Arsenal occupe un bâtiment ancien, distinct dont elle est seule utilisatrice, toutes ses collections y sont regroupées ; le département des Arts du spectacle voit actuellement ses collections réparties entre le bâtiment Richelieu, le bâtiment Louvois, Tolbiac et Bussy-Saint-Georges et n occupe qu une fraction de ces espaces. Ensuite, celui des équipes de sécurité. La BnF bénéficie de la présence permanente d une brigade de sapeurs-pompiers sur le site Tolbiac et sur le site Richelieu- Louvois. Les autres sites font appel aux pompiers de ville. Les contraintes sont très variables, il ne peut y avoir de solution unique ; un plan de prévention comme un plan d urgence doit répondre aux exigences locales. Diapositive 15 5 Le plan d urgence comme chantier permanent A l hétérogénéité fondamentale que je viens d esquisser, le déroulé du temps ajoute son facteur de variabilité. Un des postulats de l organisation d un plan d urgence est qu aucun dispositif n est voué à la pérennité. Après chaque incident, il est nécessaire d établir non seulement le bilan des éventuels dommages subis mais également l évaluation du processus de sauvetage lui-même (procédures d alertes, organisation des opérations de secours, etc.) Cet examen critique collectif aide à proposer des solutions nouvelles. Ainsi, à la suite d un sinistre assez étendu en octobre dernier, a été pointé comme insatisfaisant l accès rapide aux fournitures d urgence. Ces fournitures sont réparties dans des locaux de proximité mais dans un bâtiment comme celui de Tolbiac, la proximité est une notion toute relative. De plus, étant assez isolés, ces locaux sont sous clé. Je n entre pas dans les détails mais, puisque des collègues ont estimé avoir perdu trop de temps à accéder à ces fournitures, nous allons compléter le dispositif par des dépôts mobiles, facilement identifiables et localisables et laissés à la bonne garde de l esprit civique. Un autre effet du temps est celui du renouvellement permanent du personnel. S il fut un temps où la fonction publique française se caractérisait par une longévité et un certain immobilisme de son personnel, ce modèle est aujourd hui largement aboli. Le réseau des responsables plan d urgence est évolutif, la formation du personnel un horizon jamais atteint. En fin 2008, le bilan montrait que, depuis novembre 2000, 800 personnes avaient suivi une formation de base d une journée. Sur les 650 membres du personnel BnF, seuls 530 étaient encore en présents (65%). Diapositive 16 à diapositive 24 L histoire de la Bnf, dans son aspect immobilier et donc largement organisationnel, ne s arrête pas avec la construction dans les années 1990 des bâtiments de Tolbiac et de Bussy-Saint- Georges. La rénovation complète du quadrilatère Richelieu est en cours 9 ; cela a bien sûr déjà des répercussions importantes sur la vie des départements qui y sont hébergés mais, pour le propos qui nous intéresse, c est surtout une source importante de nouveaux risques. Il est avéré que les périodes de travaux sont des périodes de grande fragilité : la distribution provisoire des locaux et les cheminements inhabituels obligent à reprendre les procédures au moment où les risques liés au chantier lui-même sont importants. Difficile d échapper à un certain sentiment d insécurité. Le passage du temps peut aussi apporter une nouvelle perception des risques. Le risque de crue majeure de la Seine refait surface après une période d oubli, la BnF vient de reconsidérer sa position et entreprend une étude de vulnérabilité. Il a fallu près de quinze ans pour faire évoluer les positions et considérer sous un angle pragmatique un risque considérablement réévalué par les services de la Préfecture de police 10. Diapositive 25 6 Conclusion Ces quelques exemples vous permettent de comprendre pourquoi parler de plan d urgence c est parler d un travail sans fin. Ce ne doit pas être un motif de découragement! Quelle que soit l échelle de votre établissement, vous avez à tenir compte d une réalité par essence mouvante. Il est donc essentiel de s inscrire dans une démarche dynamique où les routines de sécurité des personnes vous incitent à vous interroger sur les comportements attendus en cas de sinistre affectant les collections, où la réflexion sur un plan de sauvegarde nourrit le volet des priorités à respecter en cas d évacuation, où le souci de conservation préventive alimente les bonnes pratiques en matière de magasinage des collections. En matière de patrimoine culturel, le soutien des collègues n est généralement pas difficile à obtenir : du côté des musées, au sein de l ICOM 11, du côté de votre bibliothèque nationale, du côté de l IFLA 12, du côté des archivistes 13, se trouvent de nombreuses ressources et pistes de collaboration. L exposé de notre collègue sur le Cosadoca vous convaincra sans doute que c est une piste à suivre. Diapositive
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