Date : 08 / 14 DEC 16 Page de l'article : p Journaliste : Karen Isère. Pays : France Périodicité : Hebdomadaire OJD :

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Page 1/12 Page 2/12 LAURENT BALLESTA A PHOTOGRAPHIE LES PROFONDEURS DE LANTARCTIQUE Un monstre comme sur le point d'engloutir les frêles silhouettes... C'est la face immergée d'un iceberg. Pour prendre
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Page 1/12 Page 2/12 LAURENT BALLESTA A PHOTOGRAPHIE LES PROFONDEURS DE LANTARCTIQUE Un monstre comme sur le point d'engloutir les frêles silhouettes... C'est la face immergée d'un iceberg. Pour prendre la mesure de ces géants largués par les glaciers, il faut explorer des eaux à moins 1,8 *C. Laurent Ballesta et son équipe l'ont fait chaque jour durant un mois et demi, lors d'une expédition en terre Adélie, sous la houlette du réalisateur Luc Jacquet. De ces abysses inexplorés, le specialiste mondial du Grand Bleu est revenu ébloui, et meurtri : «Là-bas, on doit souffrir pour s'exprimer. On ne fait plus des photographies, on enfante des images...» Une aventure extrême, à retrouver dans le documentaire «Antarctica, sur les traces de l'empereur» le 28 janvier sur Arte. PHOTOS LAURENT BALLESTA Page 3/12 SOUS L'UNIFORME BLANC DE LA BANQUISE, UN FESTIVAL DE COULEURS Page 4/12 Le plongeur vient de quitter un désert blanc. Dès les premiers mètres, il dëcouvre un univers aussi vivant que chatoyant. Au bleu des eaux répondent les jaunes et les verts de micro-organismes mêlés au ventre de la banquise. Quand la mer gèle, elle expulse une partie de son sel. Dans la glace se créent des poches de saumure, qui se libèrent soudain en cas de fissure. Leur contenu coule à pic et se couvre d'une pellicule givrée. D'où des stalactites ephémères. On les appelle «les doigts de glace». Sous li surfact d'eau libre où flottent des paillettes de glace en formation, un manchot empereur intrigué par une drôle de créature.. Page 5/12 A L'AISE DANS LES CANYONS DE GLACE, LE PHOQUE DE WEDDELL REMONTE RESI Pas d'ours blancs dans l'antarctique, ni même de lièvres ou de renards des neiges. Les seuls mammifères sont marins: orques, baleines... La chasse étant, interdite depuis des décen- nies, aucun ne craint l'homme. Sous le regard impassible de sa mère, un bébé phoque de Weddell viendra même toucher l'appareil photo de Laurent. Cette espèce endémique passe l'hiver sous la banquise, grâce à une épaisse couche de graisse. De quoi trouver l'eau confortable puisque la température dêscend «seulement» à moins 1,8 * C, contre moins 90 *C en surface. Champion d'apnée, ce Carnivore peut retenir son souffle plus d'une heure pour chasser, y réduisant sa fréquence cardiaque de 140 à 16 battements par minute. Et quand il doit respirer, il ronge la glace jusqu'à l'air libre. Page 6/12 IRERALASURFAC Inê «Boussole» interne, dans sa tête, permet a cette femelle de se diriger dans un tel labyrinthe. Page 7/12 *rès ae la surrace, la vie souffre des changements de salinité quand la glace fond, ou se forme. Un vrai poison. Alors, les créatures préfèrent les profondeurs. A partir de 15 ou 20 mètres, les plongeurs se croiraient presque dans les Caraïbes: gorgones, crustacés, corail mou, éponges... Mais, dans ce milieu glacial et ténébreux, six mois par an, les espèces sont moins nombreuses. 1 L'absence de compétition leur permet de grandir à leur aise, comme l'isopode géant : 1 un centimètre de longueur sous nos latitudes contre une quinzaine ici. Surtout, [ Laurent Ballesta va réussir deux grandes premières photographiques, dont cette anémone des glaces. Un amphipode dts méduses, qui pisse sa vie à leur contact, près de leur bouche. Page 8/12 PLUS ON S'ENFONCE DANS LES ABYSSES, PLUS LAVIE EST INTENSE Page 9/12 Page 10/12 ^ ï ; ig a//es hydrodynamiques des mancbbts'empereuffptuvent les propulsera JO km/h. 1 Des heures à les attendre dans l'eau glaciale, avec une seule certitude : ils finiront bien par plonger. A la fin de l'hiver passé dans le blizzard, les manchots 1 empereurs doivent se gaver de poissons pour reprendre du poids et nourrir leurs poussins. Sur le sol, ces drôles d'oiseaux ont tout d'un Chariot titubant. Mais, après des heures i d'hésitation, quand ils se! mettent enfin à l'eau, le spectacle est digne de la ' Patrouille de France. Ils savent que le léopard des ; mers, un phoque de 3 mètres, peut les guetter [ sous la glace. Alors ils accélèrent en libérant les bulles d'air prises dans leur plumage et disparaissent en zigzaguant dans de longs panaches... jusqu'à 500 mètres de profondeur. LÈOPARDS DE MER, LES MANCHOTS S'ÉLOIGNENT DU BORD COMME DES FUSÉES Page 11/12 Prête a plonger lèquipe sponsorisée par Blancpam (manufacture de haute horlogerie) Deg a dr Cedric Gentil Laurent Ballesta Thibault Raubyet Yamck Gentil LÉQUIPE S'EST PRÉPARÉE UN AN ET DEMI POUR AFFRONTER UNE EAU À MOINS 1,8 C SANS COMBINAISON, UN HOMME Y PÉRIT EN MOINS DE DIX MINUTES PAR KAREN ISÈRE Antarctique ce sont les plongées les I plus éprouvantes de ma vie Le froid I a tellement attaque les nerfs de mes I pieds qu il m a fallu six mois pour reçu I perer des sensations dans les orteils» Quand il se lance dans cette aventure I Laurent Ballesta 42 ans est pourtant dëja lompu aux profondeurs hostiles Biologiste specialiste mondial de la photo sous marine il a notamment palme parmi les crocodiles de 1 Okavango et les requins de Polynésie multipliant les scoops comme les premières images du cœlacanthe poisson le plus ancien de la planète Fin 2015 au pnn temps austral il va séjourner un mois et demi près du pôle Sud a 1 invitation de Luc Jacquet Pour le dixieme anniversaire de son documentaire oscanse «La marche de l'empereur» le réalisateur retourne en terre Adehe et v filme deux grands photographes Vincent Munier, a terre et Laurent Ballesta sous 1 eau L'expédition organisée par 1 association Wild-Touch du cinéaste sera accueillie sur la base française Dumont d Urville (DDU) des bâtiments isoles dans le grand desert blanc a plus de 66 degrés de latitude Hormis de rares chercheurs nul ne vit sur ce continent dedie a la science et méconnu Les toutes premières explorations ne datent que du XIX e siecle Isolée par les vents et les courants circumpolaires cette terre montagneuse bat tous les records de froid et de secheresse Première epreuve la traversée de kilometres depuis la Tasmame a bord de «LAstrolabe» un navire polaire de 65 metres qui ravitaille les scientifiques de la DDLJ Quarantièmes rugissants cm quantièmes hurlants Une tempête se révèle si périlleuse que le capitaine doit rebrousser chemin et jeter l'ancre quèlques heures sur une île Péripétie banale a ces latitudes. En fait de naufrage ce sont surtout les estomacs qui chavirent lors des onze jours du vovage Certains surnomment d ailleurs le navire «le gastrolabe» Seule la banquise finit par casser la houle II faut se frayer un chemin dans le pack pour franchir les dërniers kilometres Aux elements liquides et déchaînes succède alors un univers sidérant de beaute maîs comme fige La glace recouvre tout la terre ferme les îles et la mer Quèlques trouées permettent d'entrevoir les fonds marins «Les eaux sont Au sein de cet enfer congelé, le diable se niche dans les dêtails pratiques d une limpidité absolue dit Laurent Ballesta Je n'en avais jamais vu d aussi pures. Apres six mois de nuit et de ban quise il n') a plus aucune particule Les roches semblent nettovees on voit les veines du granit» Pour cette expedition il est accom pagne de trois plongeurs et d un mede cm hvperbare specialiste des accidents de décompression Objectif atteindre des profondeurs inédites L'équipe s est préparée un an et demi pour affronter une eau a moins 1 8 C Sans combinai son un homme v périt en moins de dix minutes Le vent lui refroidit encore 1 air a moins 20 C Au sem de cet enfer congelé le diable se niche dans les dêtails pratiques II faut plusieurs heures de vehi cule a chenilles pour atteindre les sites de plongée monter une tente protectrice avaler une soupe brûlante et se chan ger Attaque par le froid le materiel se retracte les pas de vis ont du jeu D'où de longues et minutieuses vérifications juste avant de plonger Sous leur combinaison etanche les hommes enfilent cinq épaisseurs dont un tissu conducteur parsemé de plaques chauffantes et conçu spécialement pour eux «Performant dit Laurent Maîs au dëbut on etait si engonces qu on av ait l'impression d'être redev e nus des plongeurs dëbutants» Difficile de palmer de garder! equi libre et de manier les appareils photo II faudra utiliser des Page 12/12 propulseurs electriques. Les plongeurs doivent surtout eviter dè be perdre sous la couverture de glace. Pas question de s aventurer sans un fil d Ariane lumineux pour retrouv er son chemin. La plupart des explorations se font à partir d'une base rocheuse. Maîs, unjour.i'équipe demande à la DDU de percer un orifice en pleine banquise Le lorage prend une journée entière. Le lendemain, Laurent passe en premier, se faufile difficilement dans le passage. Une tois dans l'eau, il s'apprôtc à descendre maîs jette un dernier coup d'œil vers le haut: «Je vois que le plafond est couvert d'une épaisse couche de paillettes de glace Avec le courant que j'ai cree, elles convergent vers lc trou, comme un evier qui se vide à l'envers. Je me précipite pour remonter,] 'enfonce un bras, mais la bouillie est dëja trop dense et c'est moî qui recule. En pleine eau, je n'ai rien pour prendie appui. Je me lusse un peu avec la corde et finis coince, fmpossible d'envoyer un parachute d'alerte aux gars. Soudain, je nie prends un grand coup sur la tête En fait, ils avaient compris ct commence a creuser avec une pelle...» Endolori, maîs sauve. Si les plongées durent en moyenne deux heures et demie, les explorateurs passeront jusqu'à cinq heures dans l'eau pour guetter l'arrivée des manchots empereurs. Cc sont les seuls animaux à passer tout l'hiver sur la banquise, agglutines pour se protéger de températures qui peuvent tomber à moins 90 C. Au printemps naissent les poussins II faut pêcher pour les nourrir et reprendre dcs forces après tant d'épreuves. Mais, sur la rive, les parents hésitent longuement avant de plonger. «C'est vrai qu'on n'a pas vraiment envie de se baigner», commente lc photographe montpclhérain. plongeurs un manchot empereur et Laurent Bal/esta avec son appareil photo Une fois à l'eau les oiseaux vont 1 éblouir. «Dc vrais avions à réaction... Je comprends pourquoi Cousteau était choqué qu on les ait appelés manchots, ce nom de handicap.» Il va les suivre d'un univers à l'autre, a travers le miroir. En surface, la banquise etait blanche ct presque plane. Sous 1 eau, c'est un chaos multicolore. Les courants onl taillé des colonnades, cre use des galeries. «L'ensemble est plutôt sombre, obseï ve Ballesta, maîs l'eclaiiage évoque un studio photo. La lumière entre par une fissure ici, un trou là-bas..» Encore plus surprenant, la mer se tapisse de jardins de plus en plus luxuriants à mesure qu'on descend. «Tous les deserts ont leurs oasis, dit Laurent. Celles du desert blanc sont sous la surface.» On y croise des algues brunes géantes, dcs pantopodes, sortes d'araignées graciles et La plus grande menace: se perdre sous la couverture de glace doiees, des veis de plus de 2 mètres, des champs de pétoncles à perte de vue. Au Québec, on les cueille quand ils ont entre 15 et 20 ans la, ils sont encore en pleine f orme à ans. Si les plongeurs ont l'impression d'évoluer dans dcs fonds tropicaux, la température dissipe aussitôt l'illusion. «On réglait les fusibles au minimum pour pousser nos chauffages à fond, raconte Laurent. Alors on a eu des courts-circuits A un moment, je vois Yamck faire une drôle de gymnastique en se pliant brutalement en deux, ll prenait des décharges dans les abdos. Moî, j'ai eu un problème apres avoir utilise le penilex, un etui pénien équipé d'un robinet qui permet d'uriner dans l'eau de mer sans qu'elle pénètre la combinaison Je sens que ça coule sur ma cuisse, c'est douloureux. Je me dis qu'il y a eu une fuite ct que ça gèle. Maîs quand je mc déshabille dans la tente je sens une odeur de chair cramée et je m'aperçois que je mc suis brûlé pendant la plongée.» Quand ils émergent, l'équipe de tournage de l'expédition les attend parfois avec une caméra pour recueillir leurs impressions. «On voulait raconter les lumieres incroyables, le phoque qui se glisse dêrrière une colonne de glace.. Et, en même temps, on avait envie d'éclater dc rire parce qu'on avait des visages tout plies, ankvloscs. Pitoyables!» Sans oublier les pannes... Pour le photographe cela arrivera au moment le plus my thique. Depuis le «Titanic», l'humanite frémit en imaginant les monstres dc glace qui la guettent. Théoriquement, tout le monde sait qu'un glaçon plonge dans un verre garde l'essentiel de son volume sous la surface. «Mais à quoi ressemble vraiment la face cachée d'un iceberg? C'était un fantasme», dit Ballesta Après avoir avisé un dôme qui émerge de la banquise à quelque 4 mètres de hauteur, l'équipe découvre son prolongement sous-marin, neuf fois plus profond. Pour l'immortaliser, elle va tendre un quadrillage de cordes verticales et horizontales où Laurent se déplace, photographiant des morceaux pour les assembler plus tard sur son ordinateur. Soudain, plus de chauffage autour des mains «On avait tous eu ce problème. Pas question d'abandonner, parce que les plongées exigeaient trop de préparation. A fortiori celle-là La seule solution: mettre un bras en l'air, puis l'autre, pour qu'un peu d air monte dans le gant. Deux heures comme ça... Quand on sort de l'eau, le sang revient d'un coup.» Douleur intense, épuisement. Maîs en quinze ans de travail en équipe, jamais les quatre plongeurs ne se sont sentis aussi proches, solidaires et éblouis. Pour le chanteur Renaud, c'est la mer qui pi end l'homme, lantarctique fait dc môme. Dc cette terre insoumise ce sont les explorateurs qui reviennent conquis. A découvrir le coffret «4délie, terre et mer», éd Kobalann / Paulsen Deux recueils photographiques, l'un signé de Laurent Ballesta, l'autre de \ lucent Munier, avec des textes de Luc Jacauet.
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