Premier plan de la séquence étudiée : les enfants fuient la maison. Dernier plan : la barque dérive sur la rivière

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LA NUIT DU CHASSEUR Analyse filmique d une séquence JC AMBROISE La séquence choisie, celle où les enfants parviennent à échapper à Harry Powell, a une importance particulière dans le déroulement du film.
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LA NUIT DU CHASSEUR Analyse filmique d une séquence JC AMBROISE La séquence choisie, celle où les enfants parviennent à échapper à Harry Powell, a une importance particulière dans le déroulement du film. Située au milieu de celui-ci, elle marque son basculement vers le fantastique. C est une séquence de transition qui est marquée par un enchaînement d actions haletantes. Elle est suivie par le long passage où les enfants dérivent sur la rivière dans une atmosphère faisant référence à l univers du conte Premier plan de la séquence étudiée : les enfants fuient la maison Dernier plan : la barque dérive sur la rivière Nous avons commencé l analyse avec le plan qui montre John et Pearl quittant la maison en courant et nous l avons arrêtée sur le long plan de la barque sur la rivière, qui introduit la séquence suivante (en tout 34 plans). La séquence repose sur le suspense (les enfants parviendront-ils à échapper à Harry Powell?) et elle est marquée par le sentiment de l urgence (les enfants seront-ils capables de parcourir la distance qui les sépare de la barque et à détacher celle-ci à temps?). Les derniers plans établissent la transition vers une ambiance plus apaisée, après que les enfants ont pu distancer le méphitique pasteur. Afin de comprendre comment ces tonalités (suspense, urgence apaisement) sont retraduites dans le langage filmique, nous avons observé la séquence quatre fois ; les deux premières sans le son, les deux autres avec la bande sonore. A chaque nouvelle vision nous avons observé un élément différent. I LA SUCCESSION DES PLANS : DIFFERENTES FAÇONS DE TRADUIRE L URGENCE Lors de ce premier exercice nous avons compté les plans. Nous avons relevé que la séquence est rythmée par des ralentissements et des accélérations. Le plus long plan est le premier, les plus courts appartiennent à la scène qui se déroule dans la cabane d uncle Birdie. Certains d entre eux durent à peine plus d une seconde. Cette alternance de scènes marquées par des plans plutôt longs et de passages plus découpés s explique parce que le metteur en scène a utilisé plusieurs techniques différentes pour traduire l urgence. 1- la séquence s ouvre donc sur le plan le plus long : c est un plan fixe de la maison (il dure 15 secondes). John et Pearl apparaissent du côté gauche du cadre et en sortent du côté droit. La caméra continue cependant à cadrer la maison pendant plusieurs secondes. Dans ce cas, c est le son qui maintient la tension : hors-champ, nous entendons Harry Powell qui tente d enfoncer la porte de la cave où les enfants l on enfermé. Dès qu un fracas avertit le spectateur que la porte a cédé, nous retrouvons John et Pearl courant vers la cabane d uncle Birdie. 2- Dans la scène de la cabane, pendant laquelle John tente de sortir Birdie de son ivresse puis de réveiller Pearl qui s endort sur le lit, l agitation et l inquiétude du personnage sont traduites par la rapidité de la succession des plans dont plusieurs suivent le regard vif et inquiet de John. La technique du champ/contre-champ (la caméra montre le regard du personnage puis ce qu il voit) est utilisée à plusieurs reprises. Champ-contre-champ 3 Deux longs plans presque identiques suivent (un léger travelling anime le second plan) : la caméra installée sur une rive de la rivière filme les enfants courant sur l autre rive. L accent est mis ici sur la difficulté de la progression des enfants. Le chemin à parcourir par les deux petites silhouettes semble infini. A peine sont-elles parvenues à sortir du cadre par la droite, qu elles se retrouvent à nouveau à leur point de départ dans le plan suivant. 4 La dernière scène utilise la technique du montage alterné, ou montage parallèle. Deux actions qui sont liées sont montrées en alternance : Harry Powell, qui a rattrapé les enfants, tente de descendre la rive de la rivière et de se dégager des broussailles qui entravent sa progression. De leur côté, les enfants doivent atteindre la barque et la pousser vers le courant avant d être rattrapés. Particulièrement efficace pour créer un suspense cette technique est utilisée à la fin de la séquence, lorsque l intensité dramatique atteint son point culminant. Montage alterné : Harry se rapproche ; les enfants tentent de dégager la barque Le montage alterné rend particulièrement sensible l élément temporel et le metteur en scène peut jouer sur ce facteur pour augmenter le suspense. Ainsi, du côté des enfants la même action est-elle répétée (John hisse deux fois Pearl dans la barque) tandis que Harry Powell poursuit son inexorable progression dans les broussailles. II QUELQUES TYPES DE RACCORDS Afin rendre fluide l enchaînement des plans, le montage doit respecter certaines règles. Le spectateur oublie alors que la scène lui est racontée par l intermédiaire d une série de plans très différents, pour ne percevoir que la continuité de l action. La plupart des metteurs en scène évitent «les fauxraccords», ceux qui se remarquent, en respectant certaines règles précises. Nous avons observé quelques exemples classiques de raccords : 1 Le raccord cut : aucun point commun n'existe entre deux plans consécutifs 2 Le champ/contrechamp (voir page précédente) 3 Le raccord dans l axe : entre deux plans, la camera s est rapprochée ou éloignée de la scène en conservant le même axe. Raccord dans l axe 4 le raccord dans le mouvement : un mouvement commencé dans un plan est poursuivi par un mouvement dans le plan suivant. Raccord dans le mouvement 5 Le fondu enchaîné. Il s agit d un effet qui utilise le procédé de la surimpression. Ici, ce type de raccord est utilisé pour faire l ellipse de la sortie de la cabane (il exprime souvent le passage du temps). Par ailleurs, le spectateur ressent moins le passage d un décor d intérieur éclairé (la cabane), vers un décor extérieur vaste et sombre (la rivière). On note : III LE SON 1- l importance du son hors-champ qui accompagne le premier plan et lui donne sa force (voir plus haut). 2- Le rôle dramatique de la musique de Walter Schumann La musique est présente pendant toute la durée de la séquence. La partition utilise trois familles d instruments. Un peu comme dans Pierre et le Loup, chaque ensemble d instrument joue un rôle précis pour soutenir l action, caractériser les personnages ou traduire leur état psychologique. Les cordes sont associées à John et Pearl. Elles sont présentes pendant l ensemble de la séquence. La mélodie, composée sur un rythme haletant, traduit l agitation et l inquiétude des enfants. Les cuivres résonnent et se mêlent aux cordes de façon menaçante, lorsque Harry Powell s approche ou apparait. Le registre est plus grave. A la fin de la séquence, les clochettes permettent de rendre sensible le basculement dans l univers fantastique qui baignera la descente de la rivière. 3- Le confusion des sons La bande son d un film se compose schématiquement de plusieurs éléments : - Les dialogues et les bruits d ambiance - Les bruitages ajoutés lors de la post-production - La musique Dans la grande majorité des cas, à moins qu un personnage ne chante, ou joue d un instrument par exemple, la musique est un son extérieur à l action : elle permet de soutenir le point de vue du réalisateur sur la scène. Normalement, les voix des personnages ne sont pas amenées à devenir une composante de la partition musicale. Cependant, dans un passage de la Nuit du chasseur, l écho du cri de rage de Harry, précédé par un crescendo de grommellements proférés en arpèges, vient se mêler à la partition musicale. Les harmonies de celle-ci se modifient alors graduellement et les clochettes commencent à se faire entendre, introduisant la scène onirique de la descente de la rivière. Ce procédé particulièrement intéressant se superpose aux plans quasiment abstraits du miroitement de l eau. Par delà l effet fantastique produit dans ce court passage, un message est transmis à l inconscient du spectateur : malgré la paix qui semble régner désormais, l esprit malfaisant d Harry plane ; son cri d ogre affamé accompagnera les enfants où qu ils aillent. Harry hurle de rage L écho de son cri se mêle à la musique alors que la caméra filme le miroitement de l eau
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